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samedi 13 juin 2009

IV) Théories opposées à la Systémique (IV-7 Comparatif)

IV-7) Comparaison entre Aristote, Leibniz, Structuralisme, Matérialisme Dialectique, Systémique plus Platon, Descartes et Hayek :
Revue des divers concepts étudiés plus haut :
Concepts de Base
Aristote
Leibniz
Structuralisme
Matérialisme Dialectique
Systémique
Totalité-Globalité
Oui
Oui
Oui
Non
Oui
Interactions Interrelations
Non
Non
Oui
Oui
Oui
Interactions non linéaires
Non
Non
Non
Non
Oui
Organisation vs Structure
Non (1)
Non
Oui
Non
Non
Oui
Non
Oui
Oui
Oui
Environnement
Oui (2)
Oui
Oui
Oui
Oui
Complexité
Oui
Oui
Oui
Non
Oui
Récursivité
Non
Non
Non
Oui ?
Oui
Formalisation/ modèles
Non
Oui
Oui (3)
Non
Oui
Caractéristiques
Stationnarité
Aristote
Leibniz
Structuralisme
Matérialisme Dialectique
Systémique
État d'équilibre Homéostasie
Non
Non
Oui
Non
Oui
Domaine de Stabilité
Non
Oui
(4)
Oui (Mais non mathématique)
Non
Oui
Ergodicité
Non
Non (8)
Oui
Non
Oui
Régulation
Non
Oui
(8)
Oui
Oui ?
Oui
Équifinalité
Oui et Non (5)
Non
Oui
Non
Oui
Organisation
Aristote
Leibniz
Structuralisme
Matérialisme Dialectique
Systémique
Structure
Oui (6)
Oui (7)
Oui
Oui
Oui
Niveaux-Strates
Oui (9)
Non ?
Oui
Oui
Oui
    Niveaux Ordonnés
Oui
Non ?
Oui
Oui
Oui
    Niveaux Hiérarchiques
Oui
Non
Oui
Oui
Oui
Variété
Oui (10)
Non
Oui
Non
Oui
Propriétés
Aristote
Leibniz
Structuralisme
Matérialisme Dialectique
Systémique
Émergence
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Intentionnalité/
Finalité
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Auto-Organisation (11)
Oui
Non
Oui
Oui
Oui
Référentiel
Aristote
Leibniz
Structuralisme
Matérialisme Dialectique
Systémique
Absolu (12)
Non
Oui
Non
Oui
Non
Relatif
Oui
Non
Oui
Non
Oui
Remarques :
  • pour Platon et Descartes, ce tableau a “ non ” partout.
  • pour F. Hayek, ce tableau a "oui" partout, sauf pour Référentiel absolu. 
Notes : (1) Organisation versus structure : Aristote n’a bien sûr jamais parlé d’organisation ou de structure, a fortiori en grec ancien. Par contre la forme aristotélicienne rappelle en de nombreux points la structure des structuralistes et de la Systémique. Elle n’est pas faite de matière puisque qu’elle s’applique à celle-ci, tout comme la structure. Elle est stable, comme elle, et forme avec la matière un composé indissociable dont le résultat est l’être même. Ici c’est la Systémique qui s’en rapproche le plus, plutôt que le structuralisme. Comme il est indiqué dans le chapitre sur la Systémique, le concept de système ne correspond pas à la structure qui en est plutôt l’un des composants. C’est bien le cas de la forme d’Aristote (en tant que concept de base) qui n’est pas une simple structure mais correspond bien plutôt aux concepts de structure + organisation et du réseau d’inter-relations qu’on y trouve.
(2) Environnement : Aristote avait bel et bien intégré le concept d’environnement car il avait bien vu qu’un être n’est pas isolé mais évolue dans un monde, lui-même peuplé d’autres êtres, ayant leurs propres forme/matière/substance. Il avait d’ailleurs développé la hiérarchisation des êtres, de même que la systémique a introduit la hiérarchisation des niveaux de systèmes.
(3)Formalisation/modèles : Le structuralisme utilise intensivement la formalisation et les modèles, cependant il n’utilise pas de modèles mathématiques alors que la Systémique n’hésite pas à y avoir recours massivement.
(4) Domaine de stabilité : Leibniz a mis l’accent par ses monades sur leur aspect fermé, (les “ volets clos ”) ce qui était pour lui le moyen d’éliminer la question de la réponse à l’environnement potentiellement déstabilisateur. Les monades sont ainsi naturellement stables puisque jamais perturbées. Mais ce que n’avait pas vu Leibniz, c’est qu’un système fermé est soumis à la deuxième loi de la thermodynamique et voit son entropie augmenter continûment vers un état tellement stable qu'il doit être qualifié de mort du système, loin de l’équilibre dynamique ponctué de la Systémique..
(5) Équifinalité : C’est l’un des plus grands débats et l’un des plus grandes différences entre Aristote et le structuralisme ou la Systémique. Aristote utilisait couramment l’idée de finalité des être, dans un sens qui a peut-être été mal interprété par ses successeurs, y compris ses plus fervents partisans. En effet ceux-ci étaient imprégnés de l’idée de Dieu (Saint-Thomas d’Aquin) et ont pris ce concept de la manière qui leur convenait le plus directement, c’est-à-dire la finalité au sens direct et brut du terme. Il n’est pas évident qu’Aristote ne l’ait pas utilisé plus subtilement, comme beaucoup d’autres concepts, que le temps, la différence de langue et de culture, nous rendent difficile à appréhender. Pour Hayek, on retrouve la Catallaxie, voir la note (8).
(6) Caractéristique organisation/structure : Aristote a utilisé la forme en concept de base de sa philosophie. Par contre l’utilisation qu’il en fait montre bien, comme dit dans la note (1) que, pour lui, un être présente des caractéristiques d’organisation et structure.
(7) Caractéristique organisation/structure : Leibniz a clairement décrit et a même insisté contre Descartes sur l’aspect organisé et structuré des agrégats de Monades. Pour lui, ces agrégats ne sont pas de simples tas –voir l’image du tas de sable plus haut-, car les Monades ne s’agrègent pas du simple fait du hasard, mais selon certaines affinités. Cependant Leibniz ne va pas plus loin dans sa cette description…
(8) Ergodicité et Régulation : Les monades de Leibniz ne sont pas en effet structurées (car atomique au sens de Démocrite), elles sont figées, ne peuvent évoluer, répondre aux changements de leur environnement tout en revenant à leur configuration, leur état initial. En effet, Leibniz n’a pas vu le concept de boucle rétroactive, de régulation, et donc d’ergodicité. C’est pourquoi leurs volets doivent être clos, incapable de supporter le moindre changement comme un château fort assiégé dont les occupants sont condamnés à mourir. Pour Hayek, c'est le concept de Catallaxie où le marché va spontanément arriver sur un certain état d'équilibre dynamique (voir "Équifinalité" également) via la poursuite des fins et objectifs individuels de chaque acteur du marché, au sein des échanges de biens et de services entre ces acteurs conformément à des règles juridiques communes concernant la propriété, les dommages et les contrats (état de droit).
(9) Niveaux - Strates : ce point a particulièrement été analysé par Aristote, qui a décrit des « niveaux » d’êtres possibles jusqu’au « moteur premier » ou « principe premier ». Ce point particulier a été longuement développé par Thomas d’Aquin comme preuve d’existence d’un Dieu unique. Par contre, il semble que Leibniz n’ait pas vu ces niveaux ou strates, envisageant seulement les Monades comme unités élémentaires (atomes) et elles seules.
(10) Variété : si Aristote n’a pas traité de la variété en tant que telle, il a par contre parfaitement analysé le fait qu’un être puisse prendre différents états “ sans cesser d’être lui-même ” dans une plage d’états possibles qui sont propres à son être même. C’est somme toues une assez bonne définition de la variété sans faire appel aux mathématiques. Pour Hayek, bien qu'il n'est jamais employé ce terme, la Variété requise est un concept central. Grâce à la parfaite compréhension de celui-ci, il insiste pour mettre en garde sur toute tentative d'intervenir de la part d'un état central sur l'économie, sa capacité de traitement des informations requise étant très inférieure à la Variété de l'économie. Par delà, il insiste donc tout naturellement sur la prudence et la modestie qui doit en découler de la part des élus, concepts hautement systémiques !
(11) Auto-organisation : Il n’est pas certain qu’Aristote ait réellement perçu les capacités d’auto-organisation des êtres. Il a plutôt semblé raisonner par un apport externe de cette capacité par un principe divin –sans tomber dans l’erreur de l’âme qui descend du monde des Idées de Platon- qui se déclinait ensuite selon la hiérarchie des êtres. Ce principe formant et informant la matière n’était pas autre chose que la Forme. L’éco-auto-ré-organisation d'E.Morin est par contre clairement dans le champ de la Systémique et du Constructivisme épistémologique. Pour Hayek, l'auto-organisation est un concept clé, les individus étant les mieux à même de savoir ce qu'ils souhaitent faire, mieux qu'un état central. On retrouve la « main invisible des marchés » de J. Smith, tant décriée et déformée, qui consiste simplement à constater que les acteurs d'un marché s'auto-organisent sans attendre qu'un pouvoir central le leur disent.
(12) Référentiel Absolu/Relatif : Aristote insistait en permanence sur l’équilibre délicat à respecter entre matière et forme, de manière à ne jamais tomber dans la priorité à la matière (matérialisme) ou la priorité à la Forme (platonisme/idéalisme), qui ne sont que les deux facettes de la même erreur, de la même philosophie, objet de cet essai. Dans sa sentence « chaque ordre inférieur est pour l’ordre supérieur une matière à laquelle celle-ci donne une forme » dans Métaphysiques, et comme on l’a vu pour la question des niveaux, Aristote avait parfaitement intégré les aspects muli-niveaux imbriqués, ainsi que les causes accidentelles versus substantielle, exigeant de basculer dans un référentiel relatif de pensée opposé à Platon et ses Idées Immuables, les Formes d’Aristote ne l’étant pas d’ailleurs. Pour Hayek, de même face à la complexité d'une économie, on perds tout référentiel unique et absolu, cher aux planistes scientistes, chaque acteur agissant en fonction des signaux qu'il reçoit (les prix par exemple) mais apprenant et anticipant également. Ce qui rends imprévisible toute prévision.

SUITE du Blog : Les anciennes lignes de fractures doivent être reconsidérées (1)


Benjamin de Mesnard

samedi 30 mai 2009

IV) Théories opposées à la Systémique (IV-5 Matérialisme Dialectique)

IV-5) Matérialisme Dialectique

1° Remarque préliminaire : cet article suit logiquement celui sur le Positivisme, comme on va le voir.
2° Remarque préliminaire : la logique dialectique de Hegel, puis la logique dialectique matérialiste d’Engels et de Marx n’ont rien à voir avec la Logique Formelle qu'elle prétends remplacer. La Logique Formelle ne s’intéresse pas au contenu subjectif d’un énoncé mais à son contenu formel. Son but est de faire logiquement découler un énoncé d’un autre énoncé objectivement et sans ambiguïté possible. Pour cela chaque énoncé doit être défini « formellement », c'est-à-dire dans un langage dénué de tout contenu subjectif. Sa première apparition vient d’Aristote avec les syllogismes, (voir III-2-1). Cette approche est propre aux mathématiques en général, dans le but de parvenir finalement à ramener tout raisonnement à une tautologie : A=A.

Selon Engels la Dialectique repose sur trois « lois » :
  •  l’unité et l'interpénétration des contraires ;
  •  la négation de la négation ;
  •  la transformation de la quantité en qualité.
[ENGELS F., « Dialectique de la nature », 1883, collection "Les classiques des sciences sociales", Éditions sociales, 1968, (Ed. Originale 1925), p 52].

IV-5-1) Pour l’unité et l'interpénétration des contraires

Selon Engels ou Lénine, la dialectique, « dialectique comme à la forme suprême de la pensée » [ENGELS, Friedrich, « L’Anti-Dühring », 1878], se veut successeur de la Logique Formelle. Étant conforme à ce que Hegel appelle la « philosophie des identités » ou panlogisme, philosophie soutenant que les idées faisant le monde (ou l'inverse chez les matérialistes), il y a identité entre les idées et les objets réels. Elle s’attache à étudier l’objet ou l’idée, le concept (panlogisme) ou encore une théorie (A), c’est la thèse. En passant on remarque que ce (A) est de fait découpé dans le réel par les dialecticiens, mais sans aucune réflexion ni précaution sur les conséquences de cette découpe arbitraire… De ce (A) ils en tirent son opposé contradictoire, objet, ou idée, concept ou encore théorie (non A), c’est l’anti-thèse. Selon eux, sans cette analyse dialectique, souvent réalisée après coup, après la découverte de cet objet, idée ou théorie, la démarche scientifique est vidée de son sens et surtout incomplète car le processus doit continuer. Après la thèse et l’anti-thèse, le dialecticien se doit d’en opérer la synthèse [(A) et (non A)]. Ensuite le dialecticien pourra continuer encore en faisant l’anti-thèse [non ((A) et (non A))] de la synthèse, suivi d’une nouvelle synthèse encore [((A) et (non A)) et (non ((A) et (non A)))] et ainsi de suite… sans jamais faire référence à de quelconques tests, expérimentations de toutes ces thèses, anti-thèses et synthèses dans le monde réel. D’aucuns pourront plaider en faveur de cette « méthode » en disant qu’elle permet d’être complet dans l’analyse de l’objet étudié. Or si Leibniz dit, lorsqu’il souhaite découvrir une ville qu’il ne connaît pas, commencer par en faire le tour complet, il ne dit pas qu’il va en prendre l’opposé, la négation de cette ville !Cette approche est aujourd’hui décriée voire méprisée ou combattue comme dangereuse en souvenir douloureux du matérialisme dialectique et ses dégâts notamment sous Staline ou sous Mao et la « science matérialiste » ou encore la « science prolétarienne » qui étaient autant de pseudo-sciences.

Il apparaît que la Dialectique est utilisée sous trois modes différents malheureusement confondus entre eux :

   a) Le mode méthodologique (outil de pensée) :

Le matérialiste dialectique revendique le fait d’être non seulement scientifique et philosophique mais surtout d’être LA Méthode scientifique devant être utilisée par tous les scientifiques. En passant, on peut noter que cette ambition n’est pas sans rappeler celle de Descartes, avec des résultats tout aussi désastreux. Cette méthode consiste donc a prendre un objet ou un être étudié ou encore une idée en l’analysant directement, en tant que tel (thèse), puis de faire l’hypothèse de son contraire/ opposé/ antinomie ou encore de sa non-existence « pour voir » ce qui se produirait dans ce cas (antithèse) et enfin d’en tirer les conclusions qui s’imposent en gardant « le meilleur » (mais sur quels critères ?) des thèses et antithèses (synthèse). Cependant on peut s’interroger en passant sur ce que l’on entend exactement par antithèse lorsqu’il s’agit par exemple d’un être humain, d’un ordinateur, d’une fleur ou tout autre objet ou être du monde réel… car quelle est l'antithèse d'une pomme ? Vaste débat !
On est au cœur ici du point soulevé par Mario Bunge dans « Matérialisme Scientifique » [BUNGE, Mario, 2008] : la dialectique prétend s'appliquer aussi bien aux objet réels qu'aux idées, c’est le panlogisme évoqué plus haut. Mais comme le fait remarquer K. Popper, ce n’est pas parce que l’anglais est une langue qui peut exprimer des idées, des concepts, sur le monde, que le monde est anglais. Autant il est possible d'imaginer l'opposé d'un concept (vide vs plein, ouvert vs fermé,...) bien que cela soit contestable car tout n'est pas binaire (un verre peut être à moitié plein...), autant il est impossible d'imaginer l'opposé de clé, de vache ou de barre de fer...
Mais il y a plus grave encore avec le matérialiste dialectique utilisé en tant que méthode scientifique comme l’a souligné K. Popper dans, par exemple, « Conjecture and Refutation » :
- Une théorie, une thèse, ne génère pas une antithèse, ce sont les chercheurs qui se livrant à une mise à l’épreuve critique d’une nouvelle théorie, peuvent arriver soit à une autre théorie (pas forcément opposée à la première), soit produire plusieurs autres théorie (et non une antithèse unique), soit… à rien.
 - Cela est la première étape, après la phase de mise à l’épreuve critique, des tests, des expérimentations selon un protocole strict, rigoureux et reproductible, doivent impérativement être réalisées, pour tester cette théorie. Or cette phase de tests, si vitale pour déterminer si une théorie est scientifique (car réfutable) et si elle « survit » au tests (où elle sera éventuellement réfutée donc), n’est jamais mentionnée par les tenants du matérialisme dialectique. Pour eux on fait une thèse, puis une antithèse, puis on en conclu une synthèse et on continue par une anti-thèse de la synthèses etc., c’est tout. Il n’y a jamais aucune référence à des expérimentations qui pourrait permettre au monde réel de trancher par le rejet des théories fausses car réfutées par celui-ci, refer le texte de K. Marx au paragraphe suivant. Le matérialisme dialectique est donc en cela détaché du monde réel
 -  Pour le matérialisme dialectique, ce qui compte c’est trouver des oppositions, des contradictions à une thèse pour arriver à une antithèse via des couples d’oppositions binaires (voir V-16). Or, comme expliqué par K. Popper, le véritable intérêt de la démarche scientifique est de produire des théories testables (intrinsèquement réfutables). Puis de les tester dans le but de tenter de les réfuter pour les éliminer et tirer des leçons de ces échecs par essais/erreurs, ce qui permet de produire de nouvelles théories meilleures car capable de survivre aux tests précédents... puis peut-être échouer à de nouveaux tests. Inventer à toute force une antithèse, une anti-théorie face à une théorie ne présente aucun intérêt, et encore moins vouloir à tout prix en sortir une synthèse ! On est ici en plein dans les pensées confuses et virevoltantes de Marx comme cité en (b) ci-dessous.
 
   b) Le mode logique contre la Logique Formelle :

Le mode logique consiste à ériger la Dialectique en une nouvelle sorte de logique, opposée à, et remplaçant, la Logique Formelle. Au lieu d’avoir recours à des concepts formels objectifs dénuées de toutes ambiguïtés, on invente donc un item logique (A), on l’affirme, puis on le nie par (non A), c’est l’anti-thèse, puis on opère la synthèse, « l’union des contraires » d’Engels, en concluant par [(A) et (non A)]. (A) peut être ici n’importe quel affirmation, idée, chose ou sujet : « la porte est ouverte », « telle fréquence lumineuse est perçue comme une couleur bleue », « il pleut », « l’astrologie est une science », cet animal est un éléphant » etc… Elle peut être aussi bien une idée, un concept, un être vivant qu’un objet réel suivant ce que Hegel, repris par Marx, appelle la « philosophie des identités » ou « panlogisme ».
Or, rien n'est plus efficace pour détruire la Logique dialectique que la vraie logique, la Logique Formelle ou la Théorie des Ensembles. En effet, les détracteurs de la Dialectique n’ont pas manqué d’observer que cette logique n’est pas réfutable puisque si [(A) ou (non A)] est toujours vrai, [(A) et (non A)], c’est à dire la synthèse dialectique est par contre toujours fausse. Or si en Logique Formelle d'une proposition vraie il est possible de conclure quelque chose, par contre d'une proposition fausse, par définition, on ne peut rien conclure… C’est en somme Aristote à l’envers puisque celui-ci prenait bien l’exemple de la porte nécessairement ouverte ou fermée, mais pour expliquer la logique du « tiers exclu » : la porte ne peut pas être à la fois fermée et ouverte, elle est soit l’un soit l’autre. Il avait donc bien compris, lui, 2400 ans avant Engels, Lénine et Staline que [(A) et (non A)], la synthèse dialectique est nécessairement fausse ! C’est bien le reproche souvent fait à la Dialectique : on ne peut rien en conclure, c’est à dire, en conclure n’importe quoi comme tout charlatan le ferait.

Peut-être faut-il alors aller chercher du côté de Marx lui-même dans «  Misère de la Philosophie » p 72 ? : « Mais une fois qu'elle est parvenue à se poser en thèse, cette thèse, cette pensée, opposée à elle-même, se dédouble en deux pensées contradictoires, le positif et le négatif, le oui et le non. La lutte de ces deux éléments antagonistes, renfermés dans l'antithèse, constitue le mouvement dialectique. Le oui devenant non, le non devenant oui, le oui devenant à la fois oui et non, le non devenant à la fois non et oui, les contraires se balancent, se neutralisent, se paralysent. La fusion de ces deux pensées contradictoires constitue une pensée nouvelle, qui en est la synthèse. Cette pensée nouvelle se déroule encore en deux pensées contradictoires qui se fondent à leur tour en une nouvelle synthèse. De ce travail d'enfantement naît un groupe de pensées. Ce groupe de pensées suit le même mouvement dialectique qu'une catégorie simple, et a pour antithèse un groupe contradictoire. De ces deux groupes de pensées naît un nouveau groupe de pensées, qui en est la synthèse. ». Pensées déconnectées de la réalité, confuses et virevoltantes de Marx, on est si loin des réflexions si profondes et lumineuses d’un Aristote, Bachelard, Popper, Hayek, Morin, etc. Et c’est avec ces pensées là, que le Marxisme va se revendiquer comme science et philosophie… Misère de la philosophie en effet. C’est une autre parenté avec Descartes dont la méthode repose sur l’introspection, et donc ses idées personnelles, et non l’expérimentation, et s’en satisfait.

   c) Le mode d’opposition des contraires pré-identifiés :

L’opposition des contraires factuels déjà identifiés, consiste à prendre deux états (par exemple) d’une machine, un objet ou un être dont on a constaté l’opposition de fait : états d’une être vivant : vivant versus mort, états d’un morceau de bois : sec versus mouillé, etc… pour analyser chacun d’entre eux – démarche légitime -, analyser comment et de quelle manière ils sont en contradiction et en opposition. On en tire alors une conclusion qui est une espèce de mise en exergue, un éclairage, de cette opposition. L'intérêt de ce mode dialectique ne dépasse guère le niveau de la tautologie n’apportant aucune information « un être vivant doit, certes, être vivant ou bien mort » un peu à la manière d’un M. Jourdain de Molière... mais peut être utile notamment en pédagogie.

F. Engels nous donne ainsi une exemple très parlant d’opposition de contraires pré-identifiés : « La chaleur est une « force » de répulsion, elle agit donc en sens opposé à celle de la pesanteur et de l'attraction chimique, elle est de signe -, si celles-ci sont affectées du signe +. Si donc Helmholtz a constitué sa réserve primitive de force avec de l'attraction universelle et chimique, une réserve de chaleur qui existerait encore outre celle-ci ne devrait pas être ajoutée à cette réserve de force, mais en être retranchée. Sinon la chaleur solaire devrait renforcer la force d'attraction de la terre, lorsque, - précisément contre celle-ci, - elle fait évaporer l'eau et s'élever la vapeur ; ou bien la chaleur d'un tube de métal incandescent, dans lequel on fait passer de la vapeur d'eau, devrait renforcer l'attraction chimique de l'oxygène et de l'hydrogène, alors qu'au contraire elle la fait cesser. ». [Engels F., « Dialectique de la nature », 1883, p 69] Ce passage fait fortement penser à la « physique » de l’Antiquité : à cette époque certains philosophes pensaient que comme la vapeur s’élevait dans l’air, c’est qu’elle devait regagner « son lieu naturel », le ciel, tandis que si la pierre tombait sur la terre, c’était pour rejoindre « son lieu naturel » terrestre. Ici Engels est sur une légère variante : la chaleur fait s’ « évaporer l'eau et s'élever la vapeur » c’est qu’elle est une force de répulsion, à l’opposé (dialectique) de la pesanteur qui est une force d’attraction ! Évidence toute cartésienne et dialectique de LA Méthode scientifico-philosophique du Matérialisme dialectique. Il faut noter qu’à cette époque, en 1883, lorsque Engels a écrit cette « œuvre », « Dialectique de la nature », tous les gens un peu éduqués savaient pourtant que si la vapeur s’élevait dans l’air, c’est tout simplement parce que sa densité est plus faible. C’est juste un principe découvert par Archimède, grand savant de… l’Antiquité ! Il faut rappeler qu’une vraie science traitant de la chaleur et de l’énergie, la Thermodynamique, existait déjà à l’époque où Engels rédigeait ces fantaisies matérialistes dialectiques sur « la chaleur « force » de répulsion »… Après la misère de la philosophie, c’est le néant scientifique...

Ces trois modes si souvent confondus étant précisés, il devient alors possible de clarifier le positionnent de la Dialectique par rapport à la Systémique :
  • Le mode méthodologique, peut ne pas être opposé à la Systémique s’il est utilisé par un… non dialecticien. Tout comme une certaine réduction du réel, le découpage conscient d’un sous-système dans ce que l’on croit être le réel, peut être utilisé par un non cartésien, c'est-à-dire un chercheur qui ne l’utilisera qu’en tant qu’outil limité et à risques ; ce mode dialectique pourra être utilisé à certaines phases de l’étude, et à certaines phases seulement et avec la plus grande prudence... mais il est clair que ce mode sera surtout un risque de perte de temps au minimum, voire un risque de se fourvoyer pour un chercheur qui gagnerait grandement à utiliser la directement la méthode de conjecture et réfutation de K. Popper.
  • Le mode logique par contre est clairement anti-systémique, nous pourrions plus exactement dire : erroné. Résolument contraire à la Logique Formelle –qui, elle, est compatible avec la systémique-, elle permet tous les abus, toutes les dérives de types Lyssenko, ou autres « sciences matérialistes » du communisme. C’est pour cette raison, qu’il convient de ranger le matérialisme dialectique clairement du coté des approches opposées à la Systémique, contrairement à la volonté affichée de certains des tenants de ce matérialisme dialectique –comme L. Sève dans « Émergence, Complexité et Dialectique »- en voulant la récupérer à leur profit. En effet la Dialectique est le plus souvent comprise sous le mode logique uniquement  par ses défenseurs autant que par ses détracteurs.
  • Le mode d’opposition des contraires pré-identifiés pourra de même être utilisé par un non dialecticien, dans le seul but de faire le tour d’une opposition, par exemple un changement de phase avant/après ce changement et seulement dans ce cadre limité, avec la même prudence aristotélo-vichienne et les mêmes limitations que pour le mode méthodologique.

IV-5-2) Pour la négation de la négation

Il faut ici citer un très bel exemple d’Engels pour bien comprendre ce « concept » dans « L’Anti-Dühring » p 75 : « Il en va de même en mathématiques. Prenons une grandeur algébrique quelconque, par exemple a. Nions-la, nous avons - a. Nions cette négation en multipliant - a par - a, nous avons +a², c'est-à-dire la grandeur positive primitive, mais à un degré supérieur, à la seconde puissance. (…) la négation niée est si ancrée dans qu'il a dans tous les cas deux racines carrées, soit a et -a. Et cette impossibilité de se débarrasser de la négation niée, de la racine négative contenue dans le carré prend une signification très sensible dès les équations du second degré. ».
De cet exemple on peut tirer trois enseignements :
 • Engels est nul en arithmétique : pour faire sa 1° négation, il multiplie correctement a par – 1 pour avoir -a, mais au moment de faire la 2° négation, au lieu de multiplier à nouveau par -1, tout à coup, il multiplie -a par lui-même (en quoi est-ce une négation ?) pour arriver évidemment à ! Et personne ne peut comprendre pourquoi la négation est tantôt un carré tantôt une multiplication par -1 ! Il est vrai, qu'il aurait fait sa négation de la négation en multipliant à nouveau comme il faut par -1, il serait alors retombé sur a... ce qui ne présentait aucun intérêt et donnait même un exemple d'un ennui sans nom.
 • Suis une belle envolée lyrique sur bien supérieur à a... On comprend le message : si la classe ouvrière fait sa négation de la négation, grâce au Matérialisme Dialectique, elle sera la « classe ouvrière au carré », bien supérieur à la classe ouvrière simple pré-marxiste et deviendra donc la classe dominante !
 • Enfin Karl Popper, sur cet exemple de matérialisme dialectique d’Engels, ajoute perfidement la remarque suivante : « Et dans quel sens a² est « plus grand » que a ou -a ? (Certainement pas dans le sens d’être numériquement plus grand car si a = 0,5 alors a² = 0,25). Cet exemple montre l’arbitraire extrême avec lequel les idées vagues de la dialectique sont appliqués. » [POPPER K., « Conjecture and Refutation », 1963, Ed. RouteLedge, p 434]
 • Nous somme bien devant une pseudo-philosophie, ou pseudo-science au choix.

Autre exemple des apports irremplaçables de la logique dialectique, toujours p 75 : « Les mathématiques élémentaires, les mathématiques des grandeurs constantes, se meuvent, du moins dans l'ensemble, à l'intérieur des limites de la logique formelle; les mathématiques des grandeurs variables, dont le calcul infinitésimal forme la partie la plus importante, ne sont essentiellement que l'application de la dialectique à des rapports mathématiques. ». Note : Où voit-il une telle chose ? « (…) Mais presque toutes les démonstrations des mathématiques supérieures, dès les premières démonstrations du calcul différentiel, sont, à strictement parler, fausses du point de vue des mathématiques élémentaires. ». Note : Heureusement, Engels est là car aucun de nos grands mathématiciens ne l’avait vu ! « Il ne peut en être autrement, dès que, comme c'est ici le cas, l'on veut démontrer au moyen de la logique formelle les résultats obtenus sur le plan de la dialectique. ». Note : on connaît bien les résultats très riches de la Logique Formelle ou du calcul différentiel, mais encore faudrait-il qu’il nous démontre quels sont les « résultats » obtenus par la dialectique ?

Dernier exemple d’Engels p75, montrant ici l’apport déterminant du matérialisme dialectique et sa négation de la négation à la biologie et à l’horticulture : « par exemple un dahlia ou une orchidée; traitons la semence et la plante qui en naît avec l'art de l'horticulteur : nous obtiendrons comme résultat de cette négation de la négation non seulement davantage de semence, mais aussi une semence qualitativement meilleure, qui donne de plus belles fleurs, et toute répétition de ce processus, toute nouvelle négation de la négation renforce ce perfectionnement. ».
Remarque importante : Cet exemple est intéressant car il avait été utilisé il y a 2400 ans par Aristote puis repris il y a 800 ans par Thomas D’Aquin, comme on le voit ce n’est pas récent… Mais ces deux philosophes avaient eux compris correctement ce que signifiait la transformation de la graine en plante générant à son tour des graines. La nature, la propriété de la graine, son être, est précisément de pouvoir se transformer, d’évoluer en plante par la germination. Cette possibilité fait partie intrinsèquement de son être, c’est même selon Aristote sa finalité. Ces deux philosophe nous expliquent que la graine est en puissance plante, elle-même en puissance graines. Loin de se nier, la graine se réalise positivement en devenant plante, car c’est le propre de son être. Sans le savoir Aristote et Th. D’Aquin ont souligné, par là même, la plus grave des erreurs du Matérialisme Dialectique : Marx et Engels prennent pour une négation, voire une négation de négation, ce qui est en réalité hautement positif, car passage de la puissance à l’acte, de la graine, se réalisant pleinement en germant et en devenant plante. Cette grave erreur est pire qu’une erreur, c’est une inversion de la pensée, qui prends pour une négation (donc destruction) une évolution normale et positive d’un être qui se réalise librement pour ce qu’il est vraiment : passage de la graine qui est en puissance une plante, à la plante en acte. On comprend mieux alors toutes les destructions systématiques qui ont pu accompagner et accompagne encore les prises de pouvoir par des régimes Marxistes. Ces destructions étant vues comme autant de négations (et négations de la négation) bien fondées et nécessaires à l’avènement de la dictature supposée du prolétariat, voire même vengeance contre les bourgeois et leurs réalisations.

IV-5-3) Pour la transformation de la quantité en qualité

C'est la transformation de la quantité en qualité, Engels, mais aussi Marx en donnent de nombreux exemples. L’exemple préféré de Engels - qui revient souvent chez Marx, Lénine puis Staline - est celui de l’eau à différentes températures. Ainsi : « Nous avons donné là un des exemples les plus connus : celui de la transformation des états d'agrégation de l'eau qui, sous pression atmosphérique normale, à 0 °C, passe de l'état liquide à l'état solide et à 100 °C, de l'état liquide à l'état gazeux, en sorte qu'à ces deux tournants, le changement purement quantitatif de la température entraîne un état de l'eau qualitativement changé. ». [Engels « L’Anti-Dühring » p 71]. Certes, mais cela ne fait pas une science. Tout d’abord ce genre d’analyse très intéressante, n’apporte rien aux vrais scientifiques. Ensuite on a l’impression d’être revenu à l’Antiquité ou au Moyen-Age dont les penseurs avaient déjà amplement travaillé les problèmes de de qualité des corps, qualité (Forme) opposée à la quantité (Matière), comme avec Platon ou au contraire unies comme avec Aristote et Thomas D'Aquin. Arrivé au au XIX ° siècle, il aurait été temps de dépasser cela.. D’ailleurs, à la même époque, les vrais scientifiques étaient capables de quantifier précisément le flux d’énergie nécessaire pour faire passer un kilo d’eau de glace à liquide en fonction de la pression atmosphérique. Cela s’appelle la Thermodynamique. Cette (vraie) science a permis de créer les machines à vapeur, car elle maîtrisait les flux d’énergie nécessaires (ex : l’enthalpie libre de la 2° loi de la Thermodynamique) par contre on n’a jamais vu une locomotive avancer avec de la « loi de la  transformation de la quantité en qualité » dialectique ! En physique, et en Systémique, on appelle cela un changement de phase, mais cet apport d’énergie ne change pas la qualité de l’eau, elle va provoquer un changement de phase de l’eau, les molécules d’eau restant des molécules d’eau ! Ce qui est différent. Car ici précisément, la qualité de l’eau est unique, en physique on parle d’ailleurs de propriété : le propre de l’eau, sa caractéristique, sa propriété, son être aurait dit Aristote, est d’avoir deux changement de phases à 0 °C et 100 °C à 1 bar de pression atmosphérique, sous l’effet d’un flux d’énergie. La Systémique évoque aussi dans ce type de cas l’émergence, (voir II-5-1), d’une nouvelle organisation du système (ici l’organisation des molécules d’eau entre elles), c’est l’auto-éco-ré-organisation de la Systémique. Mais il ne s’agit en aucun cas d’une nouvelle « qualité ». De plus avec cette notion de « quantité se transformant en qualité », c'est l’énergie qui devrait se transformer de glace en liquide à 0 °C, puisque c'est l'énergie dont la quantité s'accroît et non l'eau !

Dans un autre exemple Engels cherche à faire varier la quantité de la matière directement concernée par le changement de qualité afin d’éviter l’écueil de la variation de l’un (l’énergie) censé faire changer la qualité de l’autre (l’eau) et ainsi mieux répondre au précepte de la dialectique de la transformation de la quantité en qualité : « Cependant le domaine dans lequel la loi de la nature découverte par Hegel connaît ses triomphes les plus prodigieux est celui de la chimie. On peut définir la chimie comme la science des changements qualitatifs des corps qui se produisent par suite d'une composition quantitative modifiée. Cela, Hegel lui-même le savait déjà (Logique, éd.. compl. III, p. 433). ». Note  : technique habituelle chez les marxistes matérialistes dialectiques : s’approprier après coup des découvertes scientifiques faites par d’autres, ici c’est grâce à Hegel, qui était un grand chimiste selon Engels, qu’il a été possible de découvrir et fabriquer les protoxyde d'azote et pentoxyde d'azote… belle falsification de l’histoire ! : « (…) Quelle différence entre le gaz hilarant (protoxyde d'azote N2O) et l'anhydride azotique (pentoxyde d'azote N2O5) ! Le premier est un gaz, le second, à la température habituelle, un corps solide et cristallisé. Et pourtant toute la différence dans la combinaison chimique consiste en ce que le second contient cinq fois plus d'oxygène que le premier. » [Engels F., « Dialectique de la nature » p 55].
Engels ne comprends pas que dans l'exemple qu’il donne sur le protoxyde d'azote N2O versus le pentoxyde d'azote N2O5, il ne s’agit pas d’un simple ajout de quatre atomes d’oxygène à un tas de deux atomes d’azote et un d’oxygène pour donner un nouveau tas de deux atomes d’azote et cinq atomes d’oxygène. Il s’agit au contraire de réactions chimiques complexes, produisant de nouvelles structures atomiques, organisées autrement et d’une manière très précise. Les chimistes ne peuvent d’ailleurs pas produire du pentoxyde d’azote N2O5 en ajoutant 4 atomes d'oxygène au protoxyde d’azote N2O ! Il doivent opérer par une réaction chimique complexe : P4O10 + 12 HNO3 → 4 H3PO4 + 6 N2O5 à partir de composés chimiques, l'acide nitrique HNO3 et le pentoxyde de phosphore P4O10 eux aussi complexes et qui auront dû être produit préalablement... et n'ont rien à voir avec le protoxyde d'azote N2O. Sa soit-disant dialectique de la quantité se transformant en quantité, est juste fausse : la production de pentoxyde d’azote N2O5 se fait au contraire par l’émergence Systémique d’un nouveau système moléculaire, par une auto-ré-organisation via des réactions chimiques complexes des inter-relations entre atomes et en partant de molécules qui ne sont pas le protoxyde d'azote N2O
La molécule qu’il prend en exemple, le pentoxyde d’azote, a aussi une configuration spatiale très précise – comme toutes les molécules d’ailleurs – avec un angle de 114° entre les deux liaisons électroniques reliant l’atome d’oxygène central aux deux atomes d’azote. Cette géométrie spécifique est cruciale dans la compréhension de cette molécule et de ses propriétés, chose qu’Engels ne voit pas avec sa dialectique et son simple ajout de quantité bien cartésien… D’ailleurs ces configurations spatiales, l’organisation, la structure du système constitué par une molécule est une clé incontournable de la compréhension en chimie organiques. On ne peut pas faire de chimie organique sans cela. De plus cette nouvelle molécule peut être instable, comme c’est le cas du pentoxyde d’azote. Il est en double réaction ionique N2O5 ↔ [NO2+][NO3-] en se décomposant puis se recombinant au niveau de l’atome d’oxygène relié aux deux atomes d’azote, entre trois types de structures atomiques différentes N2O5, NO2+ et NO3-, sans apport d’aucune quantité supplémentaire d’atomes ! :


On voit bien que l’un des plus grand penseur du Marxisme vénéré encore maintenant par beaucoup, a lu à droite et à gauche quelques littératures plus ou moins scientifiques, il analyse de même sur un chapitre entier de « Dialectique de la nature » le… spiritisme. Il a ensuite tout mélangé pour y retrouver à tout prix son matérialisme dialectique sacro-saint à travers un charabia pseudo-scientifique. On est donc en pleine confusion avec les Matérialistes Dialectiques Marxistes, qui s’apparentent ainsi à des charlatans cherchant à revendiquer (via des erreurs et des incompréhensions grotesques) l’appropriation après coup des découvertes scientifiques. En réalité, pas une seule découverte scientifique n'a été faire avec cette « méthode »...

IV-5-4) Positivisme, évidence cartésienne de la « vérité objective » et du socialisme scientifique pour J.V. Staline

Conscient de la faiblesse philosophique du matérialisme dialectique, J.V. Staline a voulu en 1938 faire rédiger par une commission un texte à sa signature, et donc incontestable : « Matérialisme dialectique et Matérialisme historique ».
Le but de ce texte court était de remettre au clair les fondements du matérialisme dialectique, puis du matérialisme historique : « Le matérialisme historique étend les principes du matérialisme dialectique à l’étude de la vie sociale ; il applique ces principes aux phénomènes de la vie sociale, à l’étude de la société, à l’étude de l’histoire de la société. » [Ibid, p 1]. Afin de montrer « quel trésor théorique Lénine a sauvegardé pour le Parti contre les atteintes des révisionnistes et des éléments dégénérés, et quelle importance a eu la parution de l'ouvrage de Lénine, Matérialisme et empiriocriticisme, pour le développement de notre Parti. » [Ibid, p 20].
Staline commence par user du même artifice que Marx (voir IV-6) : il assène des affirmations répétées sans démonstrations via des glissements sémantiques, des manipulations psychologiques, afin de les faire passer comme étant valides pour un lecteur peu attentif (ou déjà convaincu…). Il ainsi recours à maintes reprises au tour de magie suivant :
  1. il part d’une implication (A → B) qui peut sembler d'une évidence toute cartésienne au sens commun bien qu’aucunement prouvée scientifiquement.
  2. Puis il écrit « si A est vrai, il est clair que B est naturel, vrai, inévitable, justifié etc... », ce que le lecteur est contraint d’approuver. Il ne cherchera pas à le contester puisque « évident » intuitivement au sens cartésien du terme, or on a vu en (IV-2) la peu de valeur de ces « évidences ».
  3. Puis il conclu « Par conséquent B est vrai », et la pseudo démonstration est faite! 
Or, quand as-t-il démontré que A est vrai ? Quand as-t-il démontré que l'implication (A → B) est vraie ? Jamais ! Il confirme ainsi que le Matérialisme Dialectique ne repose pas sur le réel, tester l’hypothèse – au sens de Popper - « Si A est vrai » via une expérience menée dans le monde réel n’est jamais envisagé... de même que le test de l'implication (A → B) d'ailleurs.
Par exemple : « S’il est vrai que le passage des changements quantitatifs lents à des changements qualitatifs brusques et rapides est une loi du développement, il est clair que les révolutions accomplies par les classes opprimées constituent un phénomène absolument naturel, inévitable. Par conséquent, le passage du capitalisme au socialisme et l’affranchissement de la classe ouvrière du joug capitaliste peuvent être réalisés, non par des changements lents, non par des réformes, mais uniquement par un changement qualitatif du régime capitaliste, par la révolution. Par conséquent, pour ne pas se tromper en politique, il faut être un révolutionnaire et non un réformiste. Poursuivons. S’il est vrai que le développement se fait par l’apparition des contradictions internes, par le conflit des forces contraires sur la base de ces contradictions, conflit destiné à les surmonter, il est clair que la lutte de classe du prolétariat est un phénomène parfaitement naturel, inévitable. » [Ibid, p 6].
Ici, la pseudo-démonstration s’écroule car il n’a jamais été démontré la vérité de sa soit-disant « loi » historique typiquement historiciste du « passage des changements quantitatifs lents à des changements qualitatifs brusques et rapides est une loi du développement, » ni celle du « développement se fait par l’apparition des contradictions internes  ».
Non seulement « Si A est vrai » n’est jamais démontré, mais Il peut même avoir recours à une implication (A→ B) ad-hoc inventée de toute pièce, non démontrée et ne relevant ni du sens commun ni de l’évidence cartésienne. Ici il décrète une implication logique entre une supposée « loi de la nature » censée se retrouver mécaniquement dans une « loi de la vie sociale »… tout en ayant toujours recours à son tour de magie répétitif : « S'il est vrai que la liaison des phénomènes de la nature et leur conditionnement réciproque sont des lois nécessaires du développement de la nature, il s'ensuit que la liaison et le conditionnement réciproque des phénomènes de la vie sociale, eux aussi, sont non pas des contingences, mais des lois nécessaires du développement social. Par conséquent, la vie sociale, l'histoire de la société cesse d'être une accumulation de "contingences", car l'histoire de la société devient un développement nécessaire de la société et l'étude de l'histoire sociale devient une science. Par conséquent, l'activité pratique du parti du prolétariat doit être fondée, non pas sur les désirs louables des "individualités d'élite", sur les exigences de la "raison", de la "morale universelle", etc., mais sur les lois du développement social, sur l'étude de ces lois. » [Ibid p 8].
Staline démontre donc une fois de plus le caractère résolument historiciste et le scientisme positiviste pseudo-scientifique du matérialisme dialectique marxiste... Grâce à cette « méthode », il arrive ainsi à la conclusion du caractère prétendument scientifique du socialisme : «  Poursuivons. S'il est vrai que le monde est connaissable et que notre connaissance des lois du développement de la nature est une connaissance valable, qui a la signification d'une vérité objective, il s'ensuit que la vie sociale, que le développement social est également connaissable et que les données de la science sur les lois du développement social, sont des données valables ayant la signification de vérités objectives. Par conséquent, la science de l'histoire de la société, malgré toute la complexité des phénomènes de la vie sociale, peut devenir une science aussi exacte que la biologie par exemple, et capable de faire servir les lois du développement social à des applications pratiques. Par conséquent, le parti du prolétariat, dans son activité pratique, ne doit pas s'inspirer de quelque motif fortuit que ce soit, mais des lois du développement social et des conclusions pratiques qui découlent de ces lois. Par conséquent, le socialisme, de rêve d'un avenir meilleur pour l'humanité qu'il était autrefois, devient une science. » [Idem p8]. Or, comme l’explique K. Popper, Bachelard ou B. d’Espagnat le monde n’est pas connaissable directement, il est voilé, on ne peut qu’espérer éliminer, réfuter, les théories fausses, et plus la flamme vacillante des sciences progresse, plus elle dévoilent des ombres de plus en plus grandes et mouvantes comme le dit si bien G. Bachelard. En aucun cas les théories scientifiques ne peuvent prétendre à une « vérité objective » !
Par cette « méthode » Staline parvient ainsi à « démontrer scientifiquement » que :
  1. le socialisme est scientifique et qu'il est capable d’atteint la « vérité objective » ; 
  2. le socialisme atteint cette « vérité objective » scientifiquement également pour les phénomènes de la vie sociales, autant que pour la nature ; 
  3. le « parti du prolétariat » peut par conséquent se passer des « exigences de la "raison", de la "morale universelle" », justifiant ainsi toutes les persécutions, Goulags, privations de libertés et massacres. 
  4. il faut mieux faire des révolutions que des réformes, en cela d’ailleurs Staline contredit Engels et Lénine pour qui l’ajout de quantité (en l’occurrence de réformes ici) doit suffire à amener « la transformation de la quantité en qualité » c’est à dire l’évolution qualitative de la société, c’est la 3° « loi » du Matérialisme Dialectique (voir IV-5-3) qui devient subitement fausse ! 
Le matérialisme dialectique marxiste est un positivisme : Staline y exprime la croyance naïve que la science peut atteindre la Vérité avec un grand "V". A partir de là, on comprends très bien le comportement des communistes chaque fois qu’ils sont arrivés au pouvoir : détenant la Vérité, tout individu tentant de mettre en doute celle-ci ne peut être que dans l’erreur et, s’il persiste dans son erreur manifeste, doit être rééduqué voire éliminé physiquement pour les plus récalcitrants d’entre eux à la Vérité absolue marxiste.

Le matérialisme dialectique marxiste est également une idéologie extrémiste : Staline, (et Engels ou Lénine) ne donne ici que le choix entre deux positions extrêmes : le « tout idéalisme » ou le « tout matérialisme » , il n’y a pas d’alternative. C’est un tiers exclu « philosophique » qui rends impossible l’approche systémique qui se refuse à séparer, tout comme Aristote, Idée/Forme et Matière, qui sont au contraire intimement liés comme on l’a vu dans cet essai. Pour eux, il n’y a que le matérialisme ou l’idéalisme, ce dernier étant considéré comme l’ennemi à abattre, il n’y a pas de juste milieu comme le recommandait pourtant Aristote. Ainsi Hegel et consorts soutiennent que les Idées créent le Monde/Matière. Alors qu’il apparaît avec Aristote et la Systémique que Idées/Formes/Structures/Organisations (peu importe comment on l’appelle) étant inséparables de la Matière, les uns ne peuvent exister sans l’autre et vice-versa. Les Idées ne peuvent donc pas créer ou précéder la matière (et inversement), ce débat est autant puéril que stérile, stérilisant d’ailleurs toute pensée. C’est un autre grand point d’opposition à la Systémique.
Ce point est très important car alors qu’idéalistes et matérialistes sont des panlogisme soutenant la « philosophie des identités » c’est à dire seulement une correspondance entre Idées et Matière, la Systémique avec les Constructivistes épistémologiques et K. Popper ne soutiennent absolument pas cette position : Le Monde réel est donné mélange intime de Matière et Idée/Forme, mais il est voilé et ce que Hegel et Marx appellent Idées ne sont que nos théories, qui – si elles sont scientifiques - ne pourront au mieux qu’être testées afin de savoir si elles sont fausses et donc à réfuter, et sans jamais savoir si elles sont vraies, contrairement à ce que croient les Positivistes ou les Marxistes (et beaucoup de religions….) qui prétendent atteindre la Vérité.
Cette « science » ou méthode du Matérialisme Dialectique Marxiste est donc opposée à la Systémique. Chose qu’Engels lui-même confirme : « Le tout est plus grand que la partie. Cette proposition est une pure tautologie, puisque l'idée quantitative de “ partie ” se rapporte d'avance d'une manière déterminée à l'idée de “ tout ”, en ce sens que le mot “ partie ” implique à lui seul que le “ tout ” quantitatif se compose de plusieurs “ parties ” quantitatives. En constatant cela expressément, ledit axiome ne nous fait pas avancer d'un pas. » [ENGELS F. « L’Anti-Dhuring », p 32], passant ainsi à côté du concept d’émergence systémique, incompatible avec « la transformation de la quantité en qualité »..
En effet il apparaît que la Systémique, comme décrit en (II-3-6-b) et plusieurs fois dans cet essai, s’attache à prendre :
   • de multiples points de vue, de multiples dimensions ou angles d’attaques d’une question, ou bien même de découpes différentes dans le réel, de l’objet étudié. Cette approche multiple toute pascalienne s’opère avec prudence, via des aller-retours de constructions et déconstructions progressifs (voir Derrida), multiples du système étudié, au cours d’un cheminement constructiviste. Elle est donc plus riche et diverse que la chaîne bien cartésienne des thèses/ anti-thèses/ synthèses par couple binaires d’oppositions supposées. 
   • en compte des transformations progressives via des boucles de rétroactions non-linéaires avec ou sans retards temporels, mais pouvant déclencher des changements d’équilibres ponctués, des déséquilibres explosifs, voire même des évolutions structurelles. Elle travaillera sur l’étude d’équilibres ponctués homéostatiques, ici encore, multiples. La dialectique, elle, ne prends en compte que des oppositions binaires : être et néant, l’eau en-dessous et en-dessus 0°C, vie et mort, contingence et nécessité, cause et effet, identité et différence, thèse et antithèse sur un point de vue unique aboutissant nécessairement à une synthèse unique, globale et se voulant explicative. 

La Systémique utilisera autant d’approches et oppositions qu’il le faudra pour l'étude d’un système complexe non linéaire en équilibre dynamique ponctué. Ainsi, nous sommes loin du système clos de catégories prédéterminées d’Hegel, révélateur en passant du caractère idéaliste de sa dialectique : catégories immuables et incorruptibles comme les Idées platoniciennes en recherche du point fixe cartésien. Ceci explique d’ailleurs la facilité avec laquelle Engels et Marx ont pu récupérer et développer la dialectique matérialiste en partant de la dialectique d’Hegel, et démontre une nouvelle fois la proximité qu’il y a entre matérialisme et idéalisme, comme deux soit-disant opposés qui se rejoignent, en vraie fracture avec la Systémique et Aristote. Ainsi apparaît la véritable opposition de la dialectique avec la Systémique : ni matérialiste ni idéaliste, ni pour ni contre, ni être ni néant, mais opérant par de multiples approches, de multiples dimensions. En effet comment accepter la cause et l'effet comme catégories dialectiques (opposition avant/après la cause) lorsque l’on a pris conscience du multiple jeu des boucles de rétroactions existantes à étudier sous chacun de leurs angles : temporel (effet retard ou non), flux de matière, flux d’énergies, flux d’informations… ? Comment accepter la nécessité et contingence comme catégorie alors que l’on connaît le caractère relatif de ces concepts, dans les boucles inter ou rétro-actives non linéaires ou quelque chose pourra être tout à la fois nécessaire et contingent ? Comment accepter – une fois de plus - une approche de type binaire (la « di-alectique » ?) cartésienne, réductrice et positiviste lorsque l’on voit la complexité des systèmes non linéaire, ou [(A)] doit est supposé opposé à [(non A)] dans une tautologie fausse unique et appauvrissante du [(A) et (non A)] ? Cette réflexion sur l’aspect doublement multiple de l’approche Systémique en opposition à celle simplement unique et faite d’oppositions binaires de la dialectique sera développée en (V-16).

Finalement on peut noter que Staline lui-même abandonne sans hésiter le matérialisme dialectique à la fois science et philosophie lorsque les choses deviennent dramatiques et que son sort personnel est en danger. Il revient alors à la bonne méthode des essais, confrontation/tests face à la réalité du terrain et rejet des théories réfutées par le réel, en l’occurrence les champs de batailles de 1942 réfutant les MIG-3 mais non les IL-2. Ainsi Staline « adressa le télégramme suivant à Shenkman et Tretiakov: Vous avez laissé tomber notre pays et notre Armée rouge. Vous avez le culot de ne pas fabriquer d'IL-2 jusqu'à présent. Notre Armée rouge a maintenant besoin d'un avion IL-2 comme l'air qu'il respire, comme le pain qu'il mange. Shenkman produit un IL-2 par jour et Tretyakov construit un ou deux MiG-3 par jour. C'est une moquerie de notre pays et de l'Armée rouge. Je vous demande de ne pas essayer la patience du gouvernement et d'exiger que vous fabriquiez plus de IL. Ceci est mon dernier avertissement. » -  Staline Ilyushin Il-2 – https://fr.qaz.wiki/wiki/Ilyushin_Il-2.  

SUITE du Blog : Marxisme (Marw, Engels, Lénine)

Benjamin de Mesnard

dimanche 30 novembre 2008

III) Théories alliées à la Systémique (Spinoza et Leibniz)


III-2-2) Spinoza (1632-1677)

(Réécrit le 11/08/2018)
 
Spinoza s’est particulièrement intéressé à la question de l’Âme, de l’Esprit et du Corps et à la question du pourquoi de l’existence du mal dans le monde. Cartésien au départ, il se livra à une critique approfondie de Descartes pour finalement prendre des positions holistiques et classées par certains à son époque comme athées, au sens où il ne croyait plus au dieu « humain trop humain » comme aurait dit Nietzsche, des religions chrétienne, juive, ou musulmane.
  • Un Dieu-Substance infinie immanent et non un Dieu « humain trop humain » transcendant : 
En effet pour lui dieu est une substance cause d'elle-même, infinie et unique, mais par conséquent dénuée d’humanité, d’amour, de haine, de colère, de volonté, etc. comme si souvent décrit dans les écritures dites saintes de ces religions qui, pour lui, n’ont été écrites que par des hommes. Dès le départ dans l’Éthique Spinoza expose clairement sa position : « J'entends par Dieu un être absolument infini, c'est-à-dire une substance constituée par une infinité d'attributs dont chacun exprime une essence éternelle et infinie. » [SPINOZA, Baruch, L’Éthique , p 2, Flammarion]. « Dieu est la cause immanente, et non transitive, de toutes choses. » [Ibid, Prop. XVIII, p 16]. Cette substance unique est donc holistique, cause de tout ce qui existe : Âmes individuelles (mot que Spinoza évite soigneusement...), Esprits, Corps en Forme et Matière, elle est aussi cause d’elle-même. Dieu c'est la Substance infinie et la Substance infinie c'est Dieu, par extension, nous dirions aujourd'hui l’Univers voire le Multivers… mais il n'est pas évident que cela judicieux... Pour lui, tous les corps, y compris le corps et l’esprit humain qui ne font qu’un, sont des composés de substances à des degrés divers, issus de la substance unique. C'est un Dieu-Substance infinie immanent et non transcendant, opposition radicale avec les religions judéo-chrétiennes et musulmanes…
Il était particulièrement critique à l’égard d’Aristote pour ses Essences et ses Formes Substantielles qui selon lui ne décrivent rien et n’éclairent pas sur les propriétés des corps, à l’image de « vertu dormitive » de l’opium qui n’explique rien pour Molière. Il se référait souvent à l’atomisme ancien –et non à l’atomisme de son époque- car ils lui paraissaient plus rigoureux et plus détachés des superstitions.
  • L’Équifinalité/Homéostasie avec trois siècles d’avance : 
Il admet la Cause Première, et la cause Efficiente, au sens du Dieu-Substance infinie spinozien, fort différente au demeurant de l’Intention de l’ingénieur humain :
« Corollaire I : Il suit de là que Dieu est la cause efficiente de toutes les choses qui peuvent tomber sous une intelligence infinie. 
Corollaire II : Il en résulte, en second lieu, que Dieu est cause par soi, et non par accident. 
Corollaire III : Et, en troisième lieu, que Dieu est absolument cause première. ». [Ibid, Prop. XVI, p 14, Flammarion].
Cela lui évite de retomber dans les problématiques téléologiques aristotélicienne puisque le Dieu-Substance infinie n'a pas de volonté. Son explication rappelle d’une manière frappante le Forme spatio-temporelle de la Systémique déjà évoqué ici en (III-2-1), précisément en traitant… d’Aristote. Elle ne fait pas appel à une Intention divine de type volonté divine ressemblant par trop à une volonté humaine des religions monothéistes , car pour lui, Dieu n’a pas de volonté, mais est cependant bien substance infinie cause de tout, et en particulier de lui-même, il y a donc bien de ce fait une « production divine » mais qui ne présente aucun caractère humain (ni volonté, but, sentiments, perception, envie, intelligence,…). Il évacue ainsi la Cause Finale d’Aristote pour introduire quelque chose qui se rapproche étonnamment de l’Équifinalité/Homéostasie systémique ! De même, il se trouve alors -avec trois siècles d’avance- en opposition radicale avec Hegel et Marx : l’Histoire n’est pas orientée, elle n’a pas de but, pas de fin, les millénarismes ne sont plus possible. Tout ce que l’on peut dire, c’est que le Dieu-Substance infinie EST, il EST entièrement, de tout temps puisqu’il EST le Temps autant que l’Espace.
  • Par delà le Bien et le Mal (en soi), il y a le bon et le mauvais (pour soi) : 
Ces explications de Formes spatio-temporelles sont particulièrement développées dans ses lettres avec Blyenbergh, qui, lui, raisonne dans le temps et dans une approche dialectique : avant la faute/ après la faute d’Adam au sujet du Mal. Blyenbergh décrit alors bien quel problème cela pose : si Dieu est tout-puissant et que la volonté humaine est illusion, alors le Mal vient directement de Dieu, mais comment cela est-il possible puisqu’il est infiniment bon ? Il se voit opposer par Spinoza que Dieu -au sens de Spinoza- ne peut « pousser » au mal ses propres créatures que nous sommes puisque celles-ci sont une émanation de la substance infinie unique (le Dieu-Substance infinie) en quelque sorte « d’un seul coup », entièrement mais sans notion du temps humain. Il précise d’ailleurs que la volonté et la liberté de choix d’un individu sont « vus » (mais il n’a le sens de la vision...) de Dieu-Substance infinie comme une illusion puisque l’ensemble des actes de cet individu étaient compris dans la substance unique infinie d’origine : c’est bien une description de la Forme spatio-temporelle. Gilles Deleuze le résume fort clairement : « Pas de Bien ni de Mal du point de vue de la nature pour une raison très simple c’est que dans la nature il n’y a que des compositions de rapport. La nature c’est précisément l’ensemble infini de toutes les compositions de rapport. » [DELEUZE, Gilles, cours du 20/01/1981, Paris 8°]. En passant on note la similitude entre les rapports et les changements de rapports dans une « nature particulière » de Spinoza d’avec les états et changements d’états dans un système, quatre siècles avant la Systémique… Il n’y a donc pas de Bien ou de Mal en soi, mais du bon ou du mauvais pour moi. Ce qui est bon pour moi (un aliment qui convient à ma nature par exemple) augmente ma puissance, me rends plus fort, et me rempli de passion de joie ; ce qui est mauvais pour moi, (du poison par exemple) diminue ma puissance, ma rends plus faible et me livre à une passion triste. Là encore Spinoza devance la Systémique d’une manière frappante : un système peut recevoir de son environnement une entrée (un « input ») qui peut soit le stabiliser, le « nourrir », améliorer son équilibre dynamique ponctué ; soit, au contraire le déstabiliser, voire le détruire en l’éloignant de ses équilibres dynamiques possibles. Ainsi manger de la viande sera mauvais pour un herbivore mais bon pour un carnivore. Pour une plante, trop ou insuffisamment de soleil sont mauvais, il lui faut juste le bon niveau d’ensoleillement. On retrouve les concepts d’ergodicités et de plages d’équilibres dynamiques ponctués et de domaine de stabilité d’un système vu par exemple en (II-4-1). Il n’y a donc pas de bon/Bien ou de mauvais/Mal dans l’absolu, c’est l’erreur des  religions monothéistes ou encore du Marxisme avec les camps du Bien (la classe ouvrière) et le camp du Mal (personnifié par « le » Capital). Spinoza ira jusqu’à préciser que le concept du Mal n’est qu’une invention humaine, dans une perspective humaine, indifférente à la substance unique infinie, Dieu-Substance infinie, puisque celle-ci ne raisonne pas, ne sent pas, etc. comme nous (humain, trop humain… !). En passant on peut noter que « Bien » et « Mal » sont les représentants typique des hypostases alias personnalisations dénoncées par Simone Weil, ce sont ces mots vides munis de majuscules : « Mais qu'on donne des majuscules à des mots vides de signification, pour peu que les circonstances y poussent, les hommes verseront des flots de sang, amoncelleront ruines sur ruines en répétant ces mots, sans pouvoir jamais obtenir effectivement quelque chose qui leur corresponde ; rien de réel ne peut jamais leur correspondre, puisqu'ils ne veulent rien dire. » [WEIL, Simone, « Ne recommençons pas la guerre de Troie » en 1937, Œuvres, Ed. Quarto Gallimard, p 473], vision ô combien prophétique !

  • La question du déterminisme de Spinoza :
Mais cela montre également que Spinoza était en apparence un tenant du déterminisme : « PROPOSITION XXVIII Tout objet individuel, toute chose, quelle qu'elle soit, qui est finie et a une existence déterminée, ne peut exister ni être déterminée à agir si elle n'est déterminée à l'existence et à l'action par une cause, laquelle est aussi finie et a une existence déterminée, et cette cause elle-même ne peut exister ni être déterminée à agir que par une cause nouvelle, finie comme les autres et déterminée comme elles à l'existence et a l'action ; et ainsi à l'infini. ». [Ibid, Prop XXVIII, p 20]. Le problème classique posé par le déterminisme est que celui-ci interdit par définition toute liberté à l’Homme. Or Spinoza est un fervent défenseur de ces libertés, mais cela n’est qu’un paradoxe apparent, « et ainsi à l’infini » a été souligné volontairement dans cet essai pour montrer la clé de cette liberté humaine. Tout d’abord pour le Dieu-Substance infinie spinozien il n'y a pas de « avant/après » car il EST le Temps même, tout comme l'Espace. Par conséquent, pour ce Dieu-Substance infinie, la chaîne des causes infinie est « maîtrisable », et donc donne un monde réel (et par conséquent lui-même !) déterminé pour lui. Mais cela ne suppose en rien que le réel est déterminable par l’être humain. En fait Spinoza exposait avec son vocabulaire et ses connaissances de son temps ce qui fait le caractère indéterminé du réel pour nous. Aujourd’hui, nous parlons de l’impossibilité de vaincre le problème de la sensibilité aux conditions initiales d’un système vu en (II-4-1-g) ou de l’indéterminisme de la Théorie Quantique avec l’incertitude d’Heisenberg. Avec cette précision « et ainsi à l’infini » de Spinoza, son propos ne semble pas contradictoire avec l’indéterminisme découvert par les connaissances modernes.
  • La question de la liberté individuelle : 
Par contre, Spinoza admet qu’un homme puisse être libre, mais encore faut-il définir ce terme  : « J'ai appelé libre celui qui se gouverne par la seule raison. Quiconque, par conséquent, naît libre et reste libre n'a d'autres idées que des idées adéquates, et partant il n'a aucune idée du mal (par le Coroll. de la Propos. 64, part. 4), ni du bien (puisque le bien et le mal sont choses corrélatives). ». [Ibid, Prop. LXVIII, p 162]. Cette liberté par la raison, la connaissance qui mème aux bonnes choses pour soi rejette donc l’existence du « Bien et du Mal en soi » chrétien pour aller « par delà » comme l’a dit Nietzsche et n’accepter que le bon et le mauvais pour soi, être particulier. Le bon générant la joie et le mauvais la tristesse.
La liberté pour un être humain consiste pour Spinoza à persister dans son être, dans son essence : « L'homme libre, c'est-à-dire celui qui vit suivant les seuls conseils de la raison, n'est point dirigé dans sa conduite par la crainte (par la Propos. 63, part. 4), mais il désire directement le bien (par le Coroll. de la même Propos.), en d'autres termes (par la Propos. 24, part. 4), il désire agir, vivre, conserver son être d'après la règle de son intérêt propre ». [Ibid, Prop. LXVII, p 162 ]. En passant on pourra noter que cette définition rejoint d’une part celle d’Aristote (persister dans son être), d’autre part celle du surhomme de Nietzsche, mais également celle d’Ayn Rand avec sa thèse volontairement provocante de la liberté par l’égoïsme philosophique. Pour Spinoza, tout comme pour Ayn Rand, la liberté ne peut exister qu’en obtenant des autres le respect de ses intérêts propres… La première action des états totalitaires ne consiste-il pas à spolier les gens en leur niant tout droit de propriété, avant de leur refuser tous les autres droits ? Dans cette ligne Spinoza a ainsi très logiquement défendu la liberté de pensée dans un état libre dans son Traité théologico-politique.
On est là encore sur un concept clé de Spinoza : bien que l’être humain soit issu de la substance Dieu-Substance infinie primordiale infinie et unique, sa liberté peut exister s’il suit la raison, c’est à dire s’il respecte sa nature propre en allant vers les choses bonnes et en évitant le mauvaises pour lui. La connaissance, la raison sont donc les clés de notre liberté, nous amenant aux passions de joies et non aux passions tristes. Spinoza qualifie ainsi de bon celui qui est libre, raisonnable, puissant, fort et joyeux: on retrouve donc ici la future définition du surhomme chez Nietzsche. A l’inverse, il qualifie de mauvais, l’esclave, l’insensé, l’impuissant, le faible triste:  « celui qui vit au hasard des rencontres, se contente d’en subir les effets, quitte à gémir et à accuser chaque fois que l’effet subi se montre contraire et lui révèle sa propre impuissance. (…) Comment ne pas se détruire soi-même à force de culpabilité, et ne pas détruire les autres à force de ressentiment, propageant partout sa propre impuissance et son propre esclavage, sa propre maladie, (…) Voilà donc que l’Éthique, c’est à dire une typologie des modes d’existence immanents, remplace la Morale, qui rapporte toujours l’existence à des valeurs transcendantes. » [DELEUZE, Gilles, Spinoza Philosophie Pratique, p 35, Les Éditions de Minuit, 1983]. On comprend alors pourquoi, tant chez Spinoza que chez Nietzsche, la religion chrétienne soit qualifiée de religion des faibles. De cela, certains pourraient en déduire que si un individu n’est pas capable de faire preuve de raison et de force en se livrant par conséquent à des passions tristes via des choses mauvaises pour lui, il faut alors l’obliger à éviter ces choses qui ne sont pas bonnes pour lui par un certain nombre de lois et de règlements, une surveillance policière et des punitions diverses en cas de non-respect du « bien commun ». Or cela n’est plus la liberté, libre choix de l’individu d’aller vers les passions de joie et les choses bonnes pour lui, cela s’appelle la coercition exercée par un Léviathan... Le résultat sera donc précisément à l’opposé de celui soit-disant recherché en faisant des citoyens des esclaves aux passions tristes ! Deleuze résume fort bien cet oxymore venant aussi bien d’une Église que d’un État : « La théologie considère au moins que les données de l’Écriture sont des bases pour la connaissance, même si cette connaissance doit être développée de manière rationnelle, ou même transposée, traduite par la raison : d’où l’hypothèse d’un Dieu moral, créateur et transcendant. Il y a là, nous le verrons, une confusion qui compromet l’ontologie toute entière : l’histoire d’une longue erreur où l’on confond le commandement avec quelque chose à comprendre, l’obéissance avec la connaissance elle-même, l’Être avec un Fiat . La loi, c’est toujours une instance transcendante qui détermine l’opposition des valeurs Bien-Mal, mais la connaissance, c’est toujours la puissance immanente qui détermine la différente qualitative des modes d’existences bon-mauvais. » [DELEUZE, Gilles, Spinoza Philosophie pratique, p 37, 1981]. Et Deleuze continue page suivante par deux passages de toute beauté : « Spinoza dans toutes ses œuvres ne cesse de dénoncer trois sortes de personnages : l’homme aux passions tristes ; l’homme qui exploite ces passions tristes, qui a besoin d’elles pour asseoir son pouvoir ; enfin, l’homme qui s’attriste sur la condition humaine et les passions de l’homme en général (il peut les railler autant que s’indigner, cette raillerie même est un mauvais rire). L’esclave, le tyran, et le prêtre… trinité moraliste. » On pourrait dire aussi « le prêtre ou le commissaire politique »… Et il continue : « Le tyran a besoin de la tristesse des âmes pour réussir, tout comme les âmes tristes ont besoin d’un tyran pour subvenir et propager. Ce qui les unit de toute manière, c’est la haine de la vie , le ressentiment contre la vie. ». On ne peut s’empêcher alors d’évoquer « La Haine du Monde » de Chantal Delsol, le mouvement des soit-disant indignés et les très soumis « insoumis » aux passions tristes...
  • Rejet de Descartes de son concept d’Étendue et de son dualisme idéaliste : 
Il rejetait par conséquent le dualisme de la séparation du Corps et de l’Esprit de Descartes pour soutenir -tout comme Aristote- que les êtres formaient donc un tout indissociable. Dans l’Éthique il est quelque peu ironique -lui aussi- sur la question de la glande pinéale « de ce grand homme » Descartes : « Je ne puis assez m'étonner que ce philosophe, qui a pris pour règle de ne tirer des conclusions que de principes évidents par eux-mêmes, et de ne rien affirmer qu'il n'en eût une conception claire et distincte ; qui d'ailleurs reproche si souvent à l'école d'expliquer les choses obscures par les qualités occultes, se contente d'une hypothèse plus occulte que les qualités occultes elles-mêmes. Qu'entend-il, je le demande, par l'union de l'âme et du corps ? Quelle idée claire et distincte peut-il avoir d'une pensée étroitement unie à une portion de l'étendue? Je voudrais au moins qu'il eût expliqué cette union par la cause prochaine. Mais dans sa philosophie la distinction entre l'âme et le corps est si radicale qu'il n'aurait pu assigner une cause déterminée ni à cette union ni à l'âme elle-même, et il aurait été contraint de recourir à la cause de l'univers, c'est-à-dire à Dieu. Je voudrais savoir aussi combien de degrés de mouvement l'esprit peut donner à cette glande pinéale, et avec quel degré de force il peut la tenir suspendue. ». [Ibid, V° partie, p174-175]. De même, l’Étendue cartésienne est incompatible avec la substance spinozienne. Spinoza peut sembler proche des matérialistes avec sa substance unique, puisque les matérialistes soutiennent également une forme de monisme : la matière seule explique tout, il n’y a rien d’autre que la matière, pensée, esprit, ou conscience n’étant que des illusions, au mieux des artefacts. Cependant, bien que cela doivent faire l’objet d’autres débats, la substance de Spinoza est clairement différentes car pour lui, elle est à la fois Matière et Forme et donc aristotélicienne, et non Matière seule.



III-2-3) Leibniz (1646-1716)

Vu par certains à tort comme le continuateur de Descartes, il rêvait comme Raymond Lulle d’un Langage Universel et d’une Paix Universelle. Dans sa monadologie il décrit les rapports du microcosme avec le macrocosme :
Extraits :
Citations I Monadologie :
Toute substance ou monade est comme un monde entier et comme un miroir de Dieu ou encore de tout l’Univers, qu’elle exprime chacune à sa façon. Chaque monade est comme un miroir vivant, doué d’actions internes, représentatif de l’univers, suivant son point de vue, et aussi réglé que l’Univers même.
De la même manière : Chaque âme connaît l’infini, connaît tout, mais confusément.
1. La Monade, dont nous parlons ici, n’est autre chose qu’une substance simple qui entre dans les composés; simple c’est-à-dire sans parties.
2. Et il faut qu’il y ait des substances simples, puisqu’il y a des composés ; car le composé n’est autre chose qu’un amas ou aggregatum des simples.
3. Or là où il n’y a point de parties, il n’y a ni étendue ni figure, ni divisibilité possible ; et ces Monades sont les véritables atomes de la nature et en un mot les éléments des choses.
4. II n’y a aussi point de dissolution a craindre, et il n’y a aucune manière concevable par laquelle une substance simple puisse périr naturellement.
5. Par la même raison il n’y en a aucune par laquelle une substance simple puisse commencer naturellement, puisqu’elle ne saurait être formée par composition.
6. Ainsi on peut dire que les Monades ne sauraient commencer ni finir que tout d’un coup ; c’est-à-dire elles ne sauraient commencer que par création et finir que par annihilation, au lieu que ce qui est composé commence ou finit par parties.
7. II n’y a pas moyen aussi d’expliquer comment une Monade puisse être altérée ou changée dans son intérieur par quelque autre créature, puisqu’on n’y saurait rien transposer, ni concevoir en elle aucun mouvement interne qui puisse être excité, dirigé, augmenté ou diminué là-dedans, comme cela se peut dans les composés où il y a du changement entre les parties. Les Monades n’ont point de fenêtres par lesquelles quelque chose y puisse entrer ou sortir. Les accidents ne sauraient se détacher ni se promener hors des substances comme faisaient autrefois les espèces sensibles des scolastiques. Ainsi, ni substance ni accident ne peuvent entrer de dehors dans une Monade.

Fin de l’extrait.

Cet extrait de l’œuvre de Leibniz sur les Monades montre la reprise du thème du tout supérieur aux parties (les Monades) analysées au niveau le plus élémentaire possible, que Démocrite appelait « atomes » et que nous appellerions probablement « quark » aujourd’hui. Cependant, Leibniz est plus proche des approches atomistes, considérant que les monades étaient exclusivement des atomes, là où la Systémique peut considérer des systèmes complexes. D’autre part, Leibniz a raisonné en croyant qu’une Monade devait être absolument fermée au monde extérieur pour survivre, la Systémique dirait conserver sa structure. A l’inverse, les systèmes de la Systémique doivent être ouverts pour se maintenir en équilibre dynamique contre le deuxième principe de la thermodynamique, l’entropie.
Leibniz a construit un modèle à deux mondes, deux niveaux. Le premier niveau est constitué des « replis » de la matière, le second est constitué des « replis » de l’âme. « L’étage des replis de la matière, c’est comme le monde du composé, du composé à l’infini, la matière n’en finit pas de se replier et de se déplier, et l’autre étage, c’est l’étage des simples. Les âmes sont simples. » (Deleuze, cours du 16/12/1986). Il faut naturellement rapprocher ce modèle à deux étages de ceux plus récents à trois mondes de K. Popper, ou encore K. Boulding avec 8 niveaux de réalité identifiés/découpés (voir en (II-5-4-a)). K. Popper n’a finalement fait qu’ajouter un troisième niveau aux deux de Leibniz avec celui des créations de l’esprit humain. Il donc frappant de voir l’avance qu’a pris Leibniz sur Descartes, même si on peut critiquer aujourd’hui sa théorie des Monades, qui font cependant figure de prémonition (critiquable) à la lumière de la Systémique actuelle.
Par ailleurs, Leibniz a inventé l’approche par de multiples points de vue, insistant par exemple sur le fait que l’on ne peut pas aborder, une ville par un seul côté ou d’un seul emplacement si l’on veut la connaître : « comme une ville regardée de différents côtés paraît tout autre et est comme multipliée perspectivement, il arrive de même, que par la multitude infinie des substances simples, il y a comme autant de différents univers, qui ne sont pourtant que les perspectives d’un seul selon les différents points de vue de chaque monade » [LEIBNIZ, La Monadologie, Édition Bertrand, 1886, p 74].
Enfin pour Leibniz, comme le dit J. Bouveresse (conférence du 19 novembre 1998 à l'Université de Genève) : « le temps, l'espace et les nombres ne sont pas des réalités supplémentaires, ils constituent simplement des systèmes de possibilités auxquels sont subordonnées non seulement les choses qui existent réellement, mais également toutes celles qui n'existent pas, mais pourraient éventuellement exister. ». Approche anti platonique rappelant la Systémique.
Cependant, certains pourraient ranger Leibniz dans les théories opposées à la Systémique car –malheureusement- les Monades sont aussi interprétables comme une approches purement atomistique, proche sur beaucoup de points de Démocrite et par là même anti Systémique.

SUITE du Blog : Théories alliées à la Systémique (Pascal et Vico) 

Benjamin de Mesnard

vendredi 31 octobre 2008

II) Présentation détaillée de la Systémique (8/8)

II-5-5) Conséquences des propriétés des systèmes : Niveaux du réel et articulation de ces niveaux :

a) Structuration en niveaux du réel :

La conséquence principale des trois propriétés citées est de permettre d’expliquer la structuration en niveaux du réel et l’articulation de ces niveaux. Chaque niveau, s’appuie donc sur le niveau inférieur. Il supporte et a besoin (au sens de Gödel) du niveau supérieur pour « s’expliquer » au plan de sa finalité, intentionnalité ou téléonomie selon le débat. A nouveau cependant (méfions-nous des simplifications trop cartésiennes !), la plupart des systèmes ne présentent pas des niveaux stratifiés clairement en couches successives, mais plutôt des enchevêtrements d’inter-relations complexes entre sous-systèmes…
Le réel est ainsi plus complexe encore qu'une gigantesque poupée russe, fait d’une succession d’un nombre inconnu de niveaux de « réalités ». « Réalités » est mis ici intentionnellement entre guillemets car c’est bien de cela qu’il s’agit. Car lorsque vient l’étude de ces niveaux de réalités par les sciences, on assiste bien entre deux niveaux trop distants à l’établissement par les scientifiques qui les étudient de lois complètements différentes et indépendantes. Un exemple : les lois de la physique d’Einstein par rapport aux lois du « monde » de la finance. Il s’agit bien de niveaux authentiques de réalités -bien réels-, mais tellement distants, qu’ils n’ont plus rien à voir entre eux et sont (presque) totalement indépendants.
On observe le même phénomène entre Théorie de la Relativité et Théorie Quantique, ces deux théories sont en opposition car opérant à deux niveaux séparés du réel. Pour les réunir, il faudrait avoir recours à l’étude d’un système formel de niveau supérieur (voir ci-dessus), plus englobant, plus fort (au sens strict de Gödel).

Leibniz a construit un modèle à deux mondes, deux niveaux :
1° niveau : le premier niveau est constitué des « replis » de la matière vue comme « composé à l’infini », complexe, dirait-on de nos jours.,
2° niveau : le second est constitué des « replis » de l’âme, vue comme « simple ».

K. Boulding a imaginé 8 niveaux découpés dans le réel :
1° niveau : objets élémentaires de la physique (atomes, …),
2° niveau : structures dynamiques naturelles ou artificielles, domaine de la mécanique,
3° niveau : systèmes artificiels, domaine de la cybernétique,
4° niveau : la cellule vivante, domaine de la biologie,
5° niveau : la plante,
6° niveau : l’animal,
7° niveau : l’homme,
8° niveau : la « socio-culture ».

Mais K. Popper en a imaginé trois :
1° niveau : les objets physiques, matériels,.............................) similaires aux deux mondes
2° niveau : les expériences subjectives ou états mentaux......) de Leibniz donnés ci-dessus
3° niveau : les productions de l’esprit humain vraies ou fausses à la différence du monde des Idées de Platon.

De même L. von Bertalanffy : « (…) on peut en gros trouver trois domaines ou niveaux principaux dans l’observation du monde : la nature inanimée, les systèmes vivants et l’univers symbolique, chacun ayant ses lois immanentes caractéristiques. [Robots, Men and Minds, New York, Braziller, 1967, p 30].
 
L’ISO a normalisé 7 couches dans le domaine des réseaux informatiques :
1° couche : physique, codage électrique ou optique au niveau du bit d’information.
2° couche : couche trame, des trames de bits sont constituées en transmission entre deux points.
3° couche : paquets, ces trames contiennent des paquets d’informations que l’on peut commuter de commutateurs en commutateurs pour les acheminer, en assurant leur routage, entre deux utilisateurs sur le réseau.
4° couche : transport, cette couche assure le transport de bout en bout des échanges entre les deux utilisateurs du réseau d’une manière transparente, indépendante des routes utilisées par la couche paquet.
5° couche : session, une session de communication identifiable en tant que telle est crée entre ces deux utilisateurs, ce qui permet de faire des points de reprise de session en cas d’interruption de celle-ci.
6° couche : présentation, cette couche assure la présentation –sur un écran par exemple- des informations dans un format directement compréhensible par l’application.
7° couche : application, on arrive enfin à l’application informatique elle-même ou encore à l’utilisateur final derrière son poste de travail.

La Systémique a défini un modèle archétype de l’articulation d’un système en neuf niveaux :
1er niveau : le phénomène est identifiable
2ème niveau : le phénomène est actif : il « fait »
3ème niveau : le phénomène est régulé
4ème niveau : le phénomène s'informe sur son propre comportement
5ème niveau : le système décide de son comportement
6ème niveau : le système mémorise
7ème niveau : le système coordonne ses décisions d'action
8ème niveau : le système imagine et conçoit de nouvelles décisions possibles
9ème niveau : le système se finalise.
A noter : à partir du 5° niveau on passe de l’appellation « phénomène » à celle de « système », les niveau inférieur ne méritant pas en effet la dénomination de système au sens propre du terme de la systémique.
Tous ces découpages pouvant se discuter et critiquer à loisir, mais chacun se rejoignant sur l’idée d’un réel ordonné et hiérarchique. Ces découpages sont à prendre avec précautions, comme ils doivent l’être, c’est à dire comme des outils de pensée, des modèles, avec leurs limites et leurs dangers d’enfermements caricaturaux. En effet la nature -comme on vient de le voir- présentant souvent des niveaux en réseaux, voir multi-hiérarchiques et enchevêtrés.

b) Effets de bords et effets pervers :

L’une des conséquences des propriétés des systèmes s’exprime sous le nom d’effets de bord ou encore d’effets pervers. Un système artificiel, dès lors qu’il s’imbrique dans un système de niveau supérieur -à côté d’autres systèmes du même niveau – ou lorsqu’il est mis en réseau, peut influencer d’une manière imprévue les autres systèmes. Ces influences peuvent être qualifiées de simples effets de bord lorsqu’ils sont jugés gérables et prévisibles. Ils peuvent être qualifiés d’effets pervers, lorsqu’ils sont imprévus, agissant sur un périmètre mal contrôlé, ou encore issus d’une boucle rétroactive inattendue. En effet, surtout pour les systèmes artificiels de grande taille, il est important de prévoir ces effets de bord. Ces effets de bords sont à l’origine de la complexité de toutes les tâches ou activités d’intégration au sens large du terme. Ainsi des sous-systèmes fonctionnant parfaitement séparément, peuvent aboutir à un système aux comportements aberrants, incompréhensibles, une fois les sous-systèmes intégrés. De même un système naturel qui semble simple à appréhender lorsqu’il est étudié en pièces, éléments ou sous-systèmes séparés, acquiert un comportement incompréhensible, voir mystérieux à l’état naturel, c’est à dire intégré. Par exemple, c’est le cas d’un cerveau, chaque neurone étant (semble-t-il!) compréhensible, mais personne ne parvenant à véritablement comprendre le fonctionnement du cerveau complet à l’état vivant.

c) Destruction créatrice versus Création destructrice

La Destruction créatrice chère à J. Schumpeter [SCHUMPETER, Joseph, 1942], ou « Vivre de mort, mourir de vie » (Héraclite cité par E. Morin dans La Méthode I) :
Une autre conséquence importante des propriétés d’un système est que celui-ci ne peut souvent se maintenir en équilibre dynamique qu’au prix d’une construction ou production permanente de briques, éléments, ou sous-systèmes nouveaux pour compenser le vieillissement de ceux existants. Cela paraît relativement évident lorsque l’on observe n’importe quel être vivant. Mais le plus étonnant, et qui a été (re)découvert après Héraclite récemment, est que les systèmes ont aussi souvent besoin d’auto détruire des briques, éléments ou des sous-systèmes internes pour maintenir leurs équilibres dynamiques. Cette destruction, bien que paradoxale, est nécessaire à la survie soit en vue d’éliminer un sous-système peu ou plus adapté à l’environnement ou aux besoins du système, soit pour éliminer plus rapidement un sous-système en cours de vieillissement mais non encore mort par lui-même. Il enfin possible de voir un sous-système se faire éliminer après avoir servit à construire un ou plusieurs autres sous-systèmes, comme un échafaudage ou une machine-outil peuvent être enlevés après avoir soutenu la construction d’un bâtiment ou servi à la fabrication d’une automobile. Cette destruction/ construction est un exemple typique d’approche dialogique nécessaire en systémique, différente des approches dialectiques, et inconnue des approches cartésiennes, nous y reviendrons.

d) Référentiel relatif

Une dernière conséquence des propriétés des systèmes et de faire appel à ce que l’on pourrait appeler d’une manière générale un référentiel relatif. En effet, tous ces aspects multi-niveaux emboîtés hiérarchisés ou non, d’émergences, d’équifinalité, d’Eco-Auto-Re-Organisation des systèmes loin de l’équilibre, de dynamique, de variété, d'ergodicité, ou enfin de modèles jetables (réfutables !) découpés plus ou moins pertinemment dans le réel montre combien nous nous trouvons alors dans un référentiel très relatif et pour le moins instable.
Comme on le verra plus loin, il nous faut donc abandonner –ô combien cela est déchirant !- beaucoup de constructions :
· le référentiel absolu cher à Platon (Idées Immuables) ;
· Descartes (la Tabula rasa et son « je pense » en point fixe) ;
· A. Comte (Sciences dures références absolues se passant de la métaphysique) ;
· les religions ou idéologies millénaristes que sont les différents monothéismes ou Marx avec un paradis terrestre en finalité certaine de l’Histoire (on y reviendra) ;
· et la rassurante dialectique idéaliste ou matérialiste binaire prétendant que l’opposition binaire de deux absolus (thèse/antithèse) nous permet de faire le tour complet d’une question/système ;
Et bien d’autres, si confortables et rassurantes. Il nous faut alors aborder les incertaines constructions sur pilotis s’enfonçant dans les sables mouvants de K. Popper mais aussi de Kant, ou encore la connaissance de la connaissance d’E. Morin.
Attention cependant, il ne faut pas pour autant classer la Systémique et -le Constructivisme épistémologique- dans la catégorie des épistémologies relativistes. Si la Systémique a intégré le fait que l'on doit travailler sur des référentiels instables, « jetables », ou temporaires, elle n'est pas pour autant ce que l'on appelle relativiste en opposition à l'absolutisme. Nous reviendrons sur cette question au chapitre V.

e) Information limitée versus raison limitée ou rationalisme limité (« bounded rationality »)

C’est dans l'idée de la Variété requise d’un système de pilotage qu’apparaît le concept de « raison limitée », « rationalité limitée » ou encore « d’horizon de connaissance ».
Sous cette terminologie se confondent souvent deux choses différentes :
  • l’information limitée sur laquelle s’exerce une rationalité efficace qui correspond au phénomène d’horizon de connaissance : c'est la rationalité limitée exogène : c’est l’impossibilité d’avoir connaissance de toutes les informations venant de l’environnement, de l’extérieur. Voire même d’avoir des informations fausses ou de croire en des choses erronées. Cela a été étudié en théorie des jeux, en particulier par :
    - J. Nash dans son mémoire : « Non-cooperative games. » (The Annals of Mathematics, 1951, 54(2):286–96).Avec sa théorie des équilibres en théorie des jeux.
  • - Oskar Morgenstern avec un exemple tiré de Conan Doyle où Sherlock Holmes croyant que Moriarty l’a vu sur le quai du train à la gare de Londres se demande s’il doit descendre au seul arrêt intermédiera de Canterbury ou bien aller jusqu’au terminus de Douvre pour lui échapper. Il ne cesse de changer d’avis car s’il décide de descendre à Canterbury pour tromper Moriarty, il se dit que celui-ci va s’en douter et y descendre aussi. Donc, il va descendre plutôt à Douvre mais craint Morairty ne fasse ce même raisonnement, etc. jusqu’à la régression à l’infini.
    - J. Von Neumann qui est le plus cité comme père de la Théorie des Jeux. Il a travaillé avec O. Morgenstern pour sortir ensemble le livre de référence : « Theory of Games and Economic Behavior » en 1944.
    Certains acteurs au cours d’un jeu mettant en relation plusieurs acteurs, pourront poursuivre une stratégie en fonction des informations limitées en leur possession, de ce qu’ils perçoivent des décisions supposées des autres joueurs. Les décisions prises par chaque joueur leurs sembleront donc bonne, croyant optimiser efficacement et rationnellement leur espérance de gain, en fonction de ce qu'ils savent (je sais que tu sais peut-être que je sais peut-être...). C’est ainsi par exemple que Sherlock Holmes sachant que Moriarty est intelligent, va finalement décider de tirer au sort entre les deux gares pour mieux empêcher celui-ci de mener ses supputations efficacement et avoir au minimum 50 % de chance d’échapper à Moriarty. Un observateur externe omniscient, ayant la possibilité de voir tous les joueurs simultanément et ayant une parfaite connaissance globale de leurs jeux respectifs, comprendra que ces joueurs ne prennent pas les bonnes décisions et vont à leur perte. Le problème bien entendu est que les scientifiques étudiant ainsi ces joueurs ne sont pas ce « Dieu » externe pouvant tout voir. C’est par exemple le problème des économistes qui, même après coup, presque un siècle après la crise de 1929, ne parviennent pas à avoir la totalité des informations en main sur les décisions prises par les nombreux acteurs de l’époque. Ils ne parviennent donc pas être d’accord entre eux et échafaudent alors des théories différentes voire opposées. Cela rejoins la thèse de K. Popper et F. Hayek, sur le Constructivisme social des dirigeants politiques qui prennent quantité de décisions sans avoir la moindre idée – en réalité – de leurs conséquences, et de ce qui va en découler. O. Morgenstern avait d’ailleurs échangé avec eux via le défunt Cercle de Vienne et il a apporté cette approche très épistémologique concernant les limitations des sources d’informations externes aux acteurs et le bien fondé de leurs décisions. On est ici devant un excellent exemple de ce que l’on entends par « Complexité » en Systémique
  • la rationalité limitée (intrinsèquement) étudiée par H.A. Simon dans « Sciences des systèmes. Sciences de l’artificiel », et « A Behavioral Model of Rational Choice » (1955) où la raison de l’individu est insuffisante et commet des erreurs : c'est la rationalité limitée endogène.
    En effet, encore faut-il que les joueurs soient un tant soit peu rationnels pour prendre donc en compte l’habilité, la rationalité ou l’intelligence des autres joueurs. Et pire encore, cela suppose également que chaque joueur puisse estimer correctement le degré de rationalité de chacun des autres..Cette limitation est liée au fait que la Variété requise d’un centre de pilotage quelconque d’un sous-système au sein d’un système plus vaste, est inférieure à la valeur nécessaire (requise) pour parvenir à dominer ce sous-système piloté. En clair le pilote doit être plus « fort » au sens de Gödel que le piloté. H.A. Simon parle de rationalité cognitive limitée, en bref, le système de pilotage n'a pas les capacités de traitements computationnelles, en clair il n'est pas assez intelligent, raide, et efficace, pour pouvoir comprendre toutes les informations qui lui remontent et prendre les bonnes décisions dans les temps impartis.
Cette situation est très courante dans les grandes entreprises où un manager ne disposant pas des informations globales concernant la situation et la stratégie de son entreprise, sera réduit à utiliser celles disponibles, visibles, accessibles dans son horizon (exogène), et prendra des décisions qui lui sembleront optimales et rationnelles... sans avoir pour autant les compétences ou les connaissances pour comprendre ce qu'il faut faire (endogène) . Celles-ci pourront certes sembler bonnes à son niveau, voire correctes à court terme. Par exemple, ce manager donnera la priorité aux tâches demandant le moins de ressources, les plus rapides à exécuter à son niveau. Malencontreusement, ces tâches faites en priorité pourront ne pas correspondre à celles réellement prioritaires vues du pilote du système englobant, le patron de l’entreprise dans notre exemple. Le résultat final, si de nombreux managers sont dans le même cas, pourra aboutir à une entreprise, un système, en ébullition, désordonné, incapable de suivre une stratégie stable, de poursuivre un but identifiable, anarchique, et sera condamné à mort assez rapidement. Il va s'en dire que cela s'applique d'autant plus aux décideurs politiques à l'échelle d'un pays, à l'échelle d'un gouvernement ou d'élus locaux de collectivités locales un peu importantes. L'économie de nos pays étant devenue de plus en plus complexe, ces élus sont clairement dans un contexte de rationalité limitée.
Enfin, cette raison limitée ne s’applique pas qu’à des managers ou à des êtres humains. On peut retrouver par exemple la même limitation dans les phénomènes de rejet en médecine, lors de greffes. Le (sous-)système immunitaire d’un patient ayant eu une greffe va entrer en action en fonction des informations locales limitées disponibles, « interpréter » celles-ci comme une attaque microbienne externe qu’il faut éliminer, déclenchant le rejet du greffon, alors que le patient lui-même (ici le système global) souhaiterait naturellement voir réussir la greffe.
Remarque : il est facile de parier que la croyance en la possibilité d'un système de pilotage plus « fort » au sens de Gödel que le système piloté nous embarquerait immédiatement dans une régression à l'infini. C'est le célèbre adage : « s'il faut un État pour corriger les supposés excès des marchés (et qui va le décider et sur quelles bases ?) , qui alors va corriger les excès des États (guerres, lois scélérates, racismes d’États, camps de la mort, déficits, dettes,... ) ??  C'est pourquoi le chercheur, le citoyen, le politicien doivent considérer que de toutes manières, les systèmes de pilotage (ex : pilote d'avion, conducteur de véhicule, gouvernement, administration, dirigeant de toute entreprise) sont condamnés à être en situation de rationalité limitée  : c'est Aristote et Machiavel contre Platon et Rousseau, on y reviendra.

SUITE du Blog : Théories alliées à la systémique (1)
Benjamin de Mesnard