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dimanche 20 septembre 2009

V-2) Nominalisme versus Réalisme (ou Idéalisme)


Guillaume d’Occam au XIV° siècle avec  le nominalisme défendait la thèse qu’aucune Idée séparée n’existait en propre, les idées ne se trouvant que dans les mots employés par les êtres humains et n’ayant pas plus de pérennité que ceux qui les emploient. Seuls les mots ont donc de l’importance, leur sens variant d’un individu à l’autre. La neige par exemple peut-être désignée par un seul mot -ou quelques mots- par les langues européennes alors qu’elle sera désignée par une multitude de mots précis avec des sens différents par les Inuits. A ce titre le nominalisme peut être vu comme un anti-platonisme. C’est la célèbre querelle des Universaux au Moyen-âge. Ainsi Porphyre (-305 à -234), philosophe grec de l'école d'Alexandrie et disciple de Plotin résuma cette future querelle : « Tout d'abord, en ce qui concerne les genres et les espèces, la question de savoir si ce sont des réalités subsistantes en elles-mêmes, ou seulement de simples conceptions de l'esprit, et, en admettant que ce soient des réalités substantielles, s'ils sont corporels ou incorporels et si enfin ils sont séparés ou s'ils ne subsistent que dans les choses sensibles et d'après elles, j'éviterai d'en parler : c'est là un problème très profond et qui exige une recherche toute différente et plus étendue. »
En langage moderne, on dira que le nominalisme rejette l’idée de « classes d’objets » ou de « genres » (au sens d’entités mathématiques ou logiques)
A contrario le Réalisme (qui va de pair avec l'idéalisme) soutien que les concepts ou idées ont une existence propre, indépendante de l’observateur, que les mots ne servent qu’à les désigner, comme d’autres mots désignent des objets matériels. Ces mots peuvent varier d’une langue à l’autre, mais ce n’est pas pour autant que les objets en questions soient différents, la neige, dans ses états possibles, reste de la neige. Descartes a poussé jusqu’à son ultime retranchement la position réaliste par sa “ tabula rasa ” où il soutien qu’il est possible d’oublier tout ce qui est matériel et tous mots -tout ce que l’on a appris - pour arriver au concept pur et unique, référence absolue, le “ moi ” ou le “ je ”. On est à l’opposé du nominalisme, puisque celui-ci rejetant toute idée indépendante, rejettera avec plus de force encore celle de “ moi ”. En parallèle, comme le dit J. Searle en 1998 : « Le réalisme […] n’est ni une théorie de la vérité, ni une théorie de la connaissance, et ce n’est pas une théorie du langage […] On pourrait dire que le réalisme est une théorie ontologique : il dit qu’il existe une réalité totalement indépendante de nos représentations » [SEARLE John R., 1998, p 200]. Ceci a été un élément central des sciences moderne, car en effet comment faire des sciences sans ce postulat qui, permettant l’étude d’un objet indépendant de l’observateur, permet d’objectiver celui-ci ?
Une remarque : le Rasoir d’Occam, est un outil sémantique inventé par Guillaume d’Occam, qui sépare tel un rasoir les noms et les mots en autant de concepts différents, jusqu’à arriver à la racine même du mot. Le rasoir d’Occam choisi à chaque fois entre deux concepts celui le plus « simple », mettant ainsi à nu la « preuve » de l’inexistence des idées séparées, simple jeu de construction verbal (voir II-4-1). Ce rasoir a eu beaucoup de succès car on le retrouve à l’époque moderne sous forme de principe d’économie de pensée de Mach (autre agnostique) tendant à créer des mots raccourcis ou des acronymes désignant immédiatement les nouvelles idées, et permettant d’accélérer les raisonnements. Il est intéressant de noter que l’attrait pour les concepts « simples » s’est trouvée consolidé en 1948 par la théorie de l'information de Shannon et précisé par la théorie de la mesure de la complexité d’un système de R.W. Ashby et A. Kolmogorov (voir II-4-1-e) montrant qu’un système simple (dont la variété est plus faible) est plus probable… ce qui ne signifie pas qu’il soit obligatoirement le bon, le plus pertinent à étudier ou celui reflétant le mieux le domaine à étudier comme le croient les cartésiens ! Enfin il a ouvert la porte à la sémantique moderne. La complexité grandissante d'une théorie scientifique est quelque fois pris comme signe d'une théorie en voie de perdition, ainsi le système planétaire de Ptolémée, mettant la terre au centre, a fait l'objet d'une tentative de sauvetage par Thyco Brahé, ce qui l'a amené à le complexifier d'une manière toujours plus importante pour répondre aux mouvements observés des astres. Cet exemple est souvent donné comme facteur de motivation pour Copernic qui a fini par proposer de mettre le soleil au centre en simplifiant ainsi radicalement le modèle de notre système planétaire.
Le Réalisme de son côté a fait considérablement progresser les sciences du XVII° au XIX° siècles en leur en apportant méthodologie et rigueur et en mettant en place ce que l’on a appelé la « Méthode de Descartes », bien que très critiquée dans cet essai. Simultanément, le Réalisme pose deux problèmes : il est clairement un frein à l’apparition du nouveau paradigme qu’est la Systémique - tout comme la théorie de Newton a freiné la diffusion des théories d’Einstein -, et il pose aussi le problème de la « réalité du Réel ». Kant et Karl Popper ont parfaitement imagés ce problème (voir plus haut) en évoquant la science comme étant construite sur des pilotis qui s’enfoncent non pas jusqu’à trouver un niveau stable, mais jusqu’à –croyons-nous – nous permettre de construire un certain édifice, d'une taille limitée. Celui-ci, dès qu’il se révélera trop ambitieux, s’écroulera sur ses sables mouvants sous-jacents. Il nous faut reconnaître en effet que les concepts de « classes d’objets » ou de « genre » lorsque trop pris pour tels et par trop considérés comme solides, absolus et peu remis en questions, comme le font le Réalisme et l'Idéalisme, s’avèrent dangereux. C’est bien le but des travaux d’A. Korzybsky que de souligner qu’il nous faut en permanence remettre à leur place ces concepts, on retrouve ici la démarche de prudence aristotélo-vichienne. Enfin, ces concepts, de « classes d’objets » ou de « genres » ne doivent en aucun cas, comme l'explique Mario Bunge [BUNGE, Mario, 2008] être confondus avec des objets réels, car ils ne sont que des concepts, c'est son argument principal contre le matérialisme dialectique et l'idéalisme également d'ailleurs. On ne peut donc pas les manipuler comme des objets réels, notamment la négation (dialectique) d'un concept est possible (même si souvent peu pertinente...) alors que la négation d'un objet réel (pomme, table, atome,...) ne correspond à rien. Enfin ces « classes d’objet » en matière de politique avec les « Classes » en luttes dialectiques entre elles chez Marx, le « Peuple », le « Parti », la « Patrie » etc... ne sont rien d’autre que des personnalisations de choses qui n’existent pas dont le but est d’exciter les sentiments des gens pour mieux les manipuler et leur faire oublier que derrière cela se trouve un petit nombre d’individus avides de pouvoir. Même chose sur la création d’absolus qui n’existent pas tels que Le Bien et Le Mal dénoncés par Spinoza, voir (III-2-2). Simone Weil analyse parfaitement cette technique sur Marx : « Plus Marx analyse profondément le cours de l’histoire et les lois économiques, plus il modifie son point de vue, jusqu’à ce que, d’une manière imprévue, la « collectivité » devienne une hypostase, la condition des actions individuelles, une « essence » qui « apparaît » dans l’action et la pensée des hommes et se « réalise » dans l’activité. Elle constitue, à côté du domaine « privé » de l’individualisme bourgeois, un domaine à part, celui du « général », et, en qualité de substance indépendante, est le fondement du premier ; par exemple, la valeur d’un produit est déterminé par elle, avant de se « réaliser » dans le prix concret, empirique du marché. ». [WEIL, Simone, Œuvres en 1934, Ed. Quarto Gallimard, p 353]. Non seulement il y a ici invention d’une « essence » qui n’existe pas, mais on découvre tout à coup chez une grande référence du matérialisme un processus typiquement platonicien-idéaliste où une idée -la collectivité ou encore la valeur d’un produit - « tombe » -se réalise – dans les ouvriers ou encore le prix concret, exactement à la manière des Idées platoniciennes « tombent » dans la matière et s’y réalisent ! On est alors loin du Constructivisme épistémologique puisque qu'il s'agit de découvrir des objets préexistants (les nombres premiers par exemple) et non de les construire dans nos têtes. On est également assez loin de la Rationalité limitée car le rationalisme se pense capable de prendre en compte, de voir ou découvrir implicitement la totalité du réel,sans véritable notion de limites de l'horizon d'information ou de la cognition. On s'éloigne bien entendu de la phronésis/prudence et modestie vichienne ou aristotélicienne.

On retrouve fort bien dans cette image la problématique des niveaux du réel. Niveaux plus ou moins définis par le chercheur, un niveau étant arbitrairement choisi comme niveau d’étude et de référence, souvent d’ailleurs via une prise de conscience insuffisante de ce choix. A nouveau dans ces différents niveaux, tel par exemple les 3 mondes de K. Popper, il faut bien garder à l'esprit que le 3° monde de K. Popper (voir II-5-5), celui les productions de l’esprit humain vraies ou fausses, n'est plus un niveau constitué d'objets réels contrairement aux deux premiers. Il n'est donc en rien comparable à ceux-ci, ne peut obéir aux mêmes lois, car il n'est que conceptuel. C'est bien la thèse défendue par A. Korzybsky, incitant à la prudence vichienne, malheureusement oubliée par les tenants de l'idéalisme, ou du matérialisme dialectique.

Apport de la Systémique : la Systémique bouscule et réunis à la fois les deux positions du nominalisme et du réalisme. Comme entre l’Idéalisme et le Matérialisme, la Systémique va consciemment, délibérément et tentant d’en mesurer les risques, choisir un niveau du réel pour y découper un certain sous-système, objet de son étude. Ce découpage peut être vu -pour paraphraser Saint Thomas d’Aquin- comme un scandale ontologique, car contre nature. Par définition en effet, ce (sous-)système découpé ne sera pas indépendant du reste, et ne peut pas être envisagé comme pouvant vivre/évoluer seul. Par ailleurs le choix du niveau de réalité se fait lui aussi délibérément. Plus le niveau de réalité choisi s’éloigne du niveau immédiat macroscopique humain (le mètre, la lumière visible,…) plus ce niveau sera difficile à aborder. La Systémique tient compte de l’existence des autres niveaux, englobés et englobants, même s’ils sont plus ou moins connus. Les autres systèmes seront vus comme l’environnement du système découpé. Cette opération de découpage est bien sûr une phase très importante car elle nécessite de définir les frontières (artificielles) ainsi « créées », et les entrées et sorties à ces frontières. Certains comportements, lois, etc. du système (sous-système découpé) pourront être alors définis soit comme venant directement du niveau inférieur, soit comme phénomène émergeant propre au niveau étudié. Par exemple, en physique le niveau macroscopique voit disparaître les lois quantiques pour voir émerger les lois de classiques relativistes à l’échelle du niveau quotidien. A plus grande échelle (ou vitesses supérieures dites « relativistes »…) on voit émerger les lois de la relativité d’Einstein. Ceci explique que certains concepts aristotéliciens d’Acte et de Puissance peuvent être –délibérément mais une fois encore, consciemment et prudemment - réutilisés par la Systémique. En effet une loi ou un phénomène émergeant au niveau étudié, pourra être volontairement « simplifié » par le chercheur en utilisant ces outils conceptuels venant d’Aristote. La « vertu allergisante » du pollen fonctionne et suffit à un certain niveau de traitement pour le médecin généraliste qui n’a pas besoin de plus pour traiter son malade ; ayant appris en école de médecine par ailleurs la « vertu antiallergique » de tel ou tel médicament pour combattre cette allergie. Il appartiendra par contre aux chercheurs des laboratoires pharmaceutiques de disséquer les mécanismes (typiquement systémiques et complexes d’ailleurs !) des allergies pour aller plus au fond des problèmes afin de trouver de nouveaux médicaments.
L’apport de la Systémique est donc d’utiliser un certain nombre d’outils conceptuels en tout état de cause, et en connaissant les limites, et sans rentrer à nouveau dans les débats connus. Il ne s’agit plus ni d’être Nominaliste, ni Réaliste ou Idéaliste, mais d’utiliser les outils conceptuels des deux à bon escient, au bon moment avec pragmatisme, et prudence vichienne… tout en étant conscient que nous sommes nous-mêmes pétris d'à priori, d’idéologies, et de cultures… et qu’il est donc impossible de faire « tabula rasa ».


SUITE du Blog : V-3) Rationalisme versus Empirisme

Benjamin de Mesnard

dimanche 9 novembre 2008

III) Théories alliées à la Systémique

III-1) Théories intégrées par, ou nécessaires à la Systémique :
III-1-1) Le Structuralisme

Le Structuralisme est tellement proche de la Systémique que l’on peut dire qu’il n’est pas autre chose que son équivalant purement philosophique, a-mathématiques, et francophone. Il s’est développé en parallèle de la Systémique puis s’est fondu en lui. Les nouveaux paradigmes apparaissent en effet souvent en plusieurs endroits avant de donner lieu au nouveau courant, paradigme, unique.
Ses thèses seront à titre indicatif analysées dans le tableau comparatif chapitre (IV-7). Le structuralisme a été insuffisant dans ses analyses sur les phénomènes d’organisation, de dynamique - on a beaucoup reproché au structuralisme son côté statique -, de récursivité, et de coordination interne des systèmes. Ceci vient de son absence de mathématisation, ce qui n’a pas été le cas bien sûr de la Systémique qui a été abondamment mise en équations et utilisées dans des modèles mathématiques et simulations sur ordinateurs dans de multiples domaines scientifiques. Notamment un argument souvent utilisé contre le structuralisme a été qu’il n’expliquait pas l’évolution des formes ou structures, alors que Darwin avait proposé une réponse un siècle auparavant. Enfin, le Structuralisme, notamment avec Louis Althusser, est déterministe, les structures déterminant entièrement le futur des êtres ou des objets, impliquant une dépersonnalisation des êtres humains réduits à de simples éléments jouets des structures.

III-1-2) Théorème de Gödel :

Kurt Gödel a démontré dès les années 20 que l’arithmétique ne pouvait se définir par elle-même, c’est-à-dire s’auto-définir par ses seuls axiomes constitutifs. Plus exactement, l’arithmétique ne pouvait démontrer sa validité interne par ses seuls axiomes et théorèmes. En s’en tenant à ceux-ci, on tombe inévitablement sur des propositions indécidables ou contradictoires. Dit en termes imagés on arrive à la situation où A est défini par B qui est défini par C qui est défini par... A, boucle tautologique récursive qui n'explique rien. Cette démonstration constituait la fin du rêve de parvenir à UNE Mathématique Unique, édifice stable s’auto-expliquant et se suffisant à lui-même. Ce théorème, dont le côté négatif a surtout été commenté, doit être vu sous le côté positif. En effet, il est aussi la démonstration de l’existence en mathématiques de couches -ou niveaux- de mathématiques, chacun englobant celui de niveau immédiatement inférieur. Ainsi l’algèbre « explique » l’arithmétique, comme l’a démontré Gödel dans son théorème car il est nécessaire de faire appel à un jeu d’axiome plus « fort », ceux de l’algèbre, pour démontrer la cohérence interne de ceux de l’arithmétique. A son tour l’algèbre ne peut démontrer sa validité interne par ses seuls axiomes et théorèmes, il faudra la placer dans un système d’axiomes plus étendus, « forts » pour y parvenir. Plusieurs jeux d’axiomes sont d’ailleurs alors possibles, ouvrant la voie à de multiples niveaux supérieurs englobant l’algèbre. Ce phénomène a été étendu à la géométrie avec la géométrie euclidienne englobée dans la géométrie de Riemann où la somme des angles d’un triangle ne sera plus égale à 180°. On retombe donc bien dans les concepts de la Systémique qui a généralisé en dehors des mathématiques ces notions. Loin de faire écrouler les sciences, le théorème de Gödel a au contraire permis un saut qualitatif vers le haut, l’ouverture du nouveau paradigme dont la Systémique est le résultat plusieurs années plus tard. Il faut aussi citer Gödel contre le reproche fait au cercle vicieux apparaissant souvent dans les approches scientifiques : « Aucun tout ne peut contenir des éléments ne pouvant être définis que par des concepts contenus dans ce tout lui-même ». Ce que mettent à jour de possibles cercles vicieux, c’est le besoin d’avoir recours à un niveau supérieur plus fort pour résoudre le cercle vicieux. Avec A. Sokal, il est utile de préciser qu’il ne faut pas trop vite généraliser le théorème de Gödel, qui a été fait uniquement sur l’étude d’un système formel dans le domaine des mathématiques. Cependant, la mesure de la variété d’un système (voir plus haut II-4-1-e), montre que le terme souvent employé ici de « force » (au sens de Gödel) est pertinent. Il ne faut donc pas aller sur des considérations par trop philosophiques sur l’impossibilité de se connaître soi-même ou autres. Mais le fait est qu’un niveau supérieur chargé de fonctions de pilotage de niveaux inférieurs, nécessite bien une variété plus forte, et soit donc plus fort (possède des moyens plus forts) au sens de Gödel.

III-1-3) Thermodynamique et théorie de l’information de Shannon :

La théorie de la thermodynamique est essentielle dans ce débat car elle a apporté plusieurs éléments qui ont été constitutifs par la suite de la Systémique. Il suffit de se rapporter au paragraphe (II-5-3) où il est exposé qu’un système est avant tout une structure dissipative en équilibre dynamique instable loin de l’état d’équilibre statique. La Systémique s’inscrit en apparence contre la 2° loi de la thermodynamique, car l’entropie d’un système fermé doit nécessairement augmenter au cours du temps. Cette contradiction n’existe pas car l’entropie globale augmente bel et bien en remontant assez haut dans les niveaux d’emboîtements des systèmes étudiés jusqu’au système global (l'univers) qui est effectivement fermé. En somme :
- Il s'agit ici en général des systèmes dissipatifs et non seulement biologiques comme on pourrait le croire quelque fois.
- La 2° lois de la thermodynamique n'est vraie que sur un système fermé.
- Un système dissipatif est, par définition, un système ouvert, au sein d'un environnement avec lequel il échange de l'énergie/ matière/ information.
- L'émergence de formes nouvelles par auto-organisation (néguentropie) au sein de ce système dissipatifs s'inscrivent bien dans la 2° loi de la thermodynamique par augmentation de l'entropie globale de ce système dissipatif + son environnement.

Cette exception à la 2° loi de la thermodynamique n'est donc qu'apparente, c'est un ordre local qui apparaît au prix d'un désordre global (entropie) encore plus grand. On note d’ailleurs qu’un système dissipatif contribue activement à accélérer l’augmentation de l’entropie du système dans lequel il se trouve. Ainsi, un moteur à explosion va dégager la grande majorité de l’énergie consommée sous forme de chaleur perdue, les rendements thermodynamiques des systèmes ne dépassant jamais quelques pourcents.
La théorie de la thermodynamique est doublement essentielle car elle est aussi le support de la théorie de l’information. Cette théorie est reprise par la Systémique comme expliqué en (II-2-1). Il y est décrit qu’il existe plusieurs types de flux dans un système : les flux de matières, d’énergies, et d’informations, clef des effets de rétro-actions avec ou sans retard et des fonctions de pilotages.

SUITE du Blog : Théorie apparentées à la Systémique (Aristote)

Benjamin de Mesnard

mardi 2 septembre 2008

II) Présentation détaillée de la Systémique (1/8)

II-1) Un nouveau paradigme :

La définition d’une révolution scientifique c’est, d’après H. Kuhn en 1962, l’apparition de nouveaux concepts fondateurs (paradigmes) qui se transforment progressivement. Pour cela, il est nécessaire de dégager, dans un premier temps, sur quoi repose le paradigme précédent (pré - supposés et non - dits, les tirets sont volontaires) et quelles en sont les limites. Pour la Systémique cette phase s’est terminée dans les années 1920. La seconde étape, fruit d’une longue maturation et prise de conscience, sera naturellement de dégager, si cela est possible, le nouveau paradigme qui permettra d’opérer la synthèse et dont pourront découler les déductions qui s’imposent. Tout ce processus se déroule au milieu de crises, rejets, et négations de l’existant. Pour la Systémique, cette phase explosive est loin d’être terminée. Dans le cas présent, la première phase a été celle de la constatation des limites de l’approche analytique cartésienne dans les sciences. Les présupposés de cette approche sont :
  • Évidence parfaitement absolue d’une chose pour accepter de la reconnaître
  • Réductionnisme, c’est-à-dire séparation en éléments disjoints de la chose étudiée. Il s’agit de diviser les difficultés et les isoler en parcelles plus simples et plus petites pour les appréhender chacune séparément.
  • Addition simple de ces éléments “ de base ” ainsi découpés, permettant, sans problème majeur, d’expliquer la chose étudiée. Une causalité linéaire est donc sous-entendue pour pouvoir reconstituer le tout. Cela signifie que toutes les relations observées peuvent s’exprimer sous la forme d’équations simples linéaires du type : Y = AnXn + .... + A1X1 par exemple.
  • Être exhaustif, surtout aucun élément “ de base ” ne doit et ne peut être laissé de côté dans cette analyse/sommation.
Malheureusement, il existe de très nombreux cas où ces conditions ne sont pas remplies. Ces cas, ces “ ratées ” où la nature refuse de se plier à ces schémas par trop simplificateurs, forment précisément ce que l’on peut appeler des systèmes. Pour résumer, on pourrait conclure en disant que la procédure analytique cartésienne est seulement adaptée aux objets d’études simples avec  :
  • un nombre moyen ou faible d’éléments.
  • des éléments simples.
  • avec peu d’interactions ou interdépendances.
  • des interactions linéaires (de type Y = AX + B).
  • plus le nombre d’éléments grandi, plus ceux-ci doivent être simples ou identiques entre eux et avoir peu d’interactions.
  • le temps n’intervient pas, vision instantanée voire statique de la nature.
  • en bref, il s’agit de problèmes que les mathématiques ont répertoriés sous le nom de problèmes polynomiaux (ou P-Problèmes).
Tandis que pour la Systémique, on pourra s’attaquer à un objet que l’on qualifiera de complexe en opposition à l’objet seulement simple.

II-2) Description d’un système au sens de la Systémique
:

Un système est un ensemble complexe, formé de sous-ensembles (éventuellement de sous-systèmes) en interactions non linéaires dynamiques par le jeu d’un ensemble de relations lui donnant un caractère de totalité. Les interactions non linéaires s’expriment par des équations de degré supérieur à 1 (Y = AX + BX2+ CX3+…), trigonométriques, exponentielles ou logarithmiques, ou encore par un jeu d’équations différentielles. On peut admettre en première approche -mais avec toute la prudence nécessaire au demeurant comme on le verra ensuite- que ce système est organisé en fonction d’un but dans le cas de systèmes artificiels ou d’une finalité (téléologie) dans le cas de systèmes naturels. On pourra voir plus loin le débat sur les concepts de finalité déjà fort bien analysés par Aristote.
Un système est plus ou moins ouvert sur le monde extérieur désigné sous le nom d’environnement.
Un système est donc qualifié d’ouvert (sur son environnement) ou fermé.
Un système évolue dans le temps, convergent vers un état d’équilibre dynamique, au contraire divergent pour finir par exploser, ou bien oscillant entre plusieurs états d’équilibres dynamiques ponctués. On observe des phénomènes de transitions de phases, de temps de transmissions, de percolations, de propagations des éléments, inputs/outputs, ou informations entre systèmes ou à l’intérieur d’un même système.


II-2-1) Aspects structurels :
La structure d’un système peut comprendre : 
  • une frontière “ filtre ” des entrées et sorties ou limite plus floue,
  • des éléments dits de base ou des sous-systèmes, d’où l’apparition des concepts de récursivité et d’études récursives.
  • des réseaux de transport pour l’énergie ou la matière, ces réseaux sont eux-mêmes des sous-systèmes du système.
  • de même des réseaux d’informations, de communications, sous différentes formes : influx nerveux, circuits papier (courrier), électroniques ou informatiques, prix, ainsi que des processeurs d’informations, locaux ou centraux, centralisés ou décentralisés.
  • des réservoirs ou stocks pour l’énergie, la matière ou l’information

II-2-2) Aspects fonctionnels :

Fonctionnellement, on peut également trouver dans un système :
  • des flux, là encore d’énergie, matière ou information, qui transitent, soit à l’intérieur du système soit sous forme d’entrées et sorties par rapport à l’environnement (extérieur) du système. Ces flux sont essentiels car ce sont eux qui créent l’aspect « du tout supérieur aux parties » par leurs jeux d’inter-relations. Il est à noter que ces flux peuvent être des flux d’énergie faisant appel à la Thermodynamique ou des flux d’informations faisant appel à la Théorie de l’Information de Shannon qui s’appuie elle-même sur la Thermodynamique.
  • des centres de décisions, les modules de pilotages de l’Analyse Modulaire de Systèmes de J. Mélèse, appliquant un “ programme ” permettant au système la survie, c’est-à-dire de trouver un état localement stable, de moindre énergie.
  • des boucles de rétroactions (voir plus loin).
  • des délais, expression des réservoirs ou non, dits encore “ temps de réponse ” du (sous-) système
II-2-3) Aspects historiques :

Ce sont les aspects que le structuralisme avait négligés. Il s’agit de l’influence d’un temps orienté sur le système, de son évolution, de ses transitions de phases, d’équilibres ponctués, etc.… C’est sur ces aspects que les concepts d’émergence, d’auto-organisation et d’auto-évolution vont apparaître. C’est sur ce sujet que vont s’affronter les idées de finalité versus ergodicité ou équifinalité. Enfin, c’est toujours à ce propos que revient l’idée de projet, explicité par P. Valéry dans ses Cahiers, idée au cœur du Constructivisme épistémologique. La réintroduction de l’histoire en Systémique, prend en compte en effet non seulement le passé mais aussi le présent et le futur du système, et par la même le projet qu’il poursuit : sa téléonomie.Cette prise en compte du temps est l’un des aspects les plus forts de la Systémique par rapport aux approches platonicienne et positivistes, et est toujours aujourd’hui un critère déterminant de fracture dans tous les domaines on y reviendra.

SUITE du Blog : Les Concepts de Base 


Benjamin de Mesnard