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mercredi 9 février 2022

Introduction




Citations :
« Pour juger des apparences que nous recevons des sujets, il nous faudrait un instrument judicatoire; pour vérifier cet instrument, il nous y faut de la démonstration; pour vérifier la démonstration, un instrument : nous voilà au rouet. »
Michel de Montaigne (1533-1592)

« Tout : Le mot Tout se dit d’une chose à laquelle il ne manque aucune des parties qui la constituent dans sa totalité naturelle ; et aussi du contenant, qui enveloppe les choses contenues, de telle sorte que ces choses forment une certaine unité. »
Métaphysique, Livre V, Chap. 26, Aristote

  « Chaque ordre inférieur est pour l’ordre supérieur une matière à laquelle celle-ci donne une forme ».
Aristote

«  Descartes inutile et incertain ».
Pascal (1623-1662)

« Le mépris de la puissance de la raison humaine, de la capacité de l’homme à discerner la vérité, vient presque invariablement de pair avec le mépris de l’homme. »
 « Conjectures et Réfutations », 1963, Karl Popper

Le mot « amargi », c'est-à-dire « liberté » en Sumérien en 2350 avant J.C., qui constitueraient
la plus vieille représentation écrite de ce concept dans l'histoire de l'humanité :





Les débats philosophiques et épistémologiques s’articulent traditionnellement autour d’un ensemble de lignes de fractures opposant les uns aux autres en des combats aussi forts que résolus. Ainsi on voit des disputes notamment entre matérialisme et idéalisme, rationalisme et empirisme, relativisme et absolutisme, transcendance et immanence, créationnistes et évolutionnistes, induction et déduction, finalisme et mécanisme, et le débat dont nos politiques raffolent : droite versus gauche... Le but de ce blog est de démontrer que ces oppositions recouvrent et dissimulent en fait la véritable ligne de fracture sous-jacente plus fondamentale. Celle opposant la Théorie Générale (Universelle) des Systèmes, que nous appellerons « Systémique », associée au Constructivisme épistémologique enrichis par une relecture d’Aristote ainsi que ses théories apparentées, contre le reste de la philosophie. Il vise à démontrer les liens existants entre différents courants philosophiques, qui n’ont pas été rapprochés jusqu’à présent, voir même qui ont été opposés entre eux. A l’opposé, il vise à définir une nouvelle ligne de séparation à l’intérieur de la philosophie.
Il apparaît alors que les débats évoqués viennent de malentendus issus de la méconnaissance de concepts tels que ceux de systèmes, niveaux d’organisations, auto-organisation des systèmes dissipatifs, attracteurs étranges, variété requise ou rationalité limitée,… propres à la systémique. Ces débats peuvent alors être revus à la lumière de cette théorie, démontrant point par point les incompréhensions qui ont conduit certains de nos plus grands philosophes à des “ querelles ”, comme la querelle des universaux qui a habité une bonne partie du Moyen-âge, ou l’opposition erronée entre idéalistes et matérialistes. Enfin nous ferons un retour sur la dialectique pour remettre en perspective. Pour seule preuve de cette introduction, nous prendrons l’exemple de l’absence de mention de Charles Darwin dans les ouvrages philosophiques généraux, les quelques lignes accordées aux Structuralistes, ou encore l’absence de toute référence à GB. Vico, père du Constructivisme épistémologique, aux rapides mentions de G. Bachelard, à comparer avec la surabondance de celles concernant Descartes, A. Comte ou Marx.
Enfin cet essai tente de montrer comment la Systémique et avec elle le Constructivisme épistémologique peut repositionner Aristote et Thomas d’Aquin dans une perspective épistémologique renouvelée pouvant fournir une base solide aux idées de liberté.
Benjamin de Mesnard

 * Avertissement : par « Constructivisme » on entend ici le constructivisme épistémologique ou philosophique, et non le constructivisme politique (dit planisme ou dirigisme) dénoncé par F. Hayek. 

lundi 13 décembre 2021

VI) UNE NOUVELLE LIGNE DE FRACTURE APPARAÎT


Cette ligne de fracture nouvelle qui apparaît tend à remettre à leur juste place les anciennes oppositions « classiques ». Cette fracture s’articule finalement autour du concept d’immanence versus transcendance évoqué en (V-7) : 
 
     ● Immanence : d’un côté la Systémique et le Constructivisme épistémologique avec la « pensée complexe » synthétique et prudente, l’ingénium, l’indéterminisme, la dialogique, et ne confondant ni la carte avec le territoire, ni l’idée avec le réel. Elles sont immanentes avec les concepts d’éco-auto-ré-organisation, d'équilibre dynamique ponctués et d’émergence. Elles sont conscientes des limitations de notre rationalité, prêtes à adopter de multiples point de vues et à se remettre en cause par des théories se prêtant à réfutation. Elles s’appuient sur des philosophies comme celles d’Aristote, le Structuralisme, la Systémique, la cybernétique de second ordre de G. Bateson, A. Korzybski, Pascal, H. Simon, la « pensée complexe » d’E. Morin, et K. Popper ou F. Hayek. 
 
    ● Transcendance : et de l’autre côté les philosophies platoniciennes, cartésiennes, analytiques , positivistes, scientistes, réductionnistes, recherchant le point fixe et l’évidence cartésienne (succédant immédiatement au pseudo-doute grâce au « je pense donc je suis»). Elles se réclament de l’Idéalisme ou du Matérialisme - dont le dialectique -, deux fausses oppositions, toujours à livrer diverses luttes pour la victoire d’une hypostase, c'est à dire d’une personnification artificielle supposée être par définition dans le camp du Bien absolu avec un grand « B » : « Classe », « Parti », « Nation », « Race », « Prolétariat », « Peuple », « Peuple de gauche » ou « Peuple de Dieu », ou bien le Mal absolu : « Grand Capital » afin de faire appel aux émotions et éteindre notre raison. Pour Simone Weil, « on donne des majuscules à des mots vides de signification » qui n’existent pas en réalité et pour lesquels des millions de gens sont censés se sacrifier voire même donner leur vies, avec la promesse d’un futur paradis radieux. Transcendantes car croyant qu’une organisation ne peut être pensée que « d’en-haut » par un Dieu, un guide ou un grand timonier géniaux. Elles viennent de Platon, Descartes, A. Comte, le Cercle de Vienne, des religions monothéistes et des deux socialismes national ou non : le Nazisme et le Marxisme. Ces hypostases sont supposées être représentées – guidées - par un « homme providentiel » ou un Dieu, affublé de toutes une séries de qualités extraordinaires, qu’il soit être humain ou divinité. On peut qualifier de magique cette « pensée » alors même que les socialismes marxistes ou national nazi se disent scientifiques, ils ne sont en fait que pseudo-sciences car scientistes et irréfutables à la manière de l’astrologie. Typique de la « pensée tribale » comme vu avec K. Popper, elle ne sait que suivre un chef de tribu proposant des solutions simplistes – cartésiennes - inadaptées aux problèmes complexes. On arrive ainsi rapidement aux divers régimes totalitaire comme Simone Weil l’explique : «  De toutes parts on est obsédé par une représentation de la vie sociale qui, tout en différant considérablement d’un milieu à l’autre, est toujours faite de mystères, de qualités occultes, de mythes, d'idoles, de monstres ; chacun croit que la puissance réside mystérieusement dans un des milieux où il n'a pas accès, parce que presque personne ne comprend qu'elle ne réside nulle part, de sorte que partout le sentiment dominant est cette peur vertigineuse que produit toujours la perte du contact avec la réalité. Chaque milieu apparaît du dehors comme un objet de cauchemar. Dans les milieux qui se rattachent au mouvement ouvrier, les rêves sont hantes par des monstres mythologiques qui ont nom Finance, Industrie, Bourse, Banque et autres ; les bourgeois rêvent d'autres monstres qu'ils nomment meneurs, agitateurs, démagogues ; les politiciens considèrent les capitalistes comme des êtres surnaturels qui possèdent seuls la clef de la situation, et réciproquement ; chaque peuple regarde les peuples d'en face comme des monstres collectifs animés d'une perversité diabolique. On pourrait développer ce thème à l'infini. Dans une pareille situation, n'importe quel soliveau peut être regardé comme un roi et en tenir lieu dans une certaine mesure grâce à cette seule croyance ; et cela n'est pas vrai seulement en ce qui concerne les hommes, mais aussi en ce qui concerne les milieux dirigeants. Rien n'est plus facile non plus que de répandre un mythe quelconque à travers toute une population. Il ne faut pas s'étonner dès lors de l'apparition de régimes « totalitaires » sans précédent dans l'histoire. ». [WEIL, Simone, Œuvres, « Les origines de l’hitlérisme » en 1940, Ed. Quarto Gallimard, p 381]. 
 
Deux questions se posent alors : 
   - Quelle est la légitimité du Dictateur (ou du supposé Représentant du Dieu Unique) transcendant ? : « Qui t’as fait Roi ? » a dit Adalbert à Hugues Capet… 
  - Et si l’État (ou le Représentant d’une Église) contrôle tout, qui alors les contrôlent ? C’est le problème de la récursivité sans fin du système de pilotage « top-down » des sociétés tribales reposant sur la transcendance. 
 
Le tableau suivant montre les incohérences philosophiques que l’on rencontre entre certains tenants de l’Immanence et de la Transcendance selon que l’on se met du point de vue de l’économie ou des religions monothéistes (création de l’univers ou des êtres vivants). Ainsi certains seront pour la Transcendance religieuse mais pour l’Immanence en économie (les conservateurs « libéraux ») ; et d’autres pour l’Immanence religieuse (les athées) mais pour la Transcendance en économie (marxistes, socialistes, communistes) avec un État centralisateur contrôlant tout. D’autres, plus rares aujourd’hui, sont par contre cohérents, c’est à dire soit tenants de la Transcendance en tout : conservateurs étatistes/colbertistes, socialistes nationaux nazis, fascistes, ou franquistes (avec une alliance forte entre l’Église et l’État centralisateur) aboutissant aux dictatures ; soit tenants de l’Immanence en tout : les Libéraux athées… et la Systémique avec ses concepts d’éco-auto-ré-organisation. 

 

                              Économie →→

 Religion  ↓ ↓

Immanence
(auto-éco-organisation systémique des libres marchés)

Transcendance (Étatisme, Centralisme, Communisme)
La Vérité absolue vient du Guide, Grand Timonier, Petit Père des Peuples, etc...

Immanence (Athées ou Monothéistes tenants de « Intelligent Design »)

Libéraux ou Anarchistes
(cohérents)

Communisme (incohérents entre religion et économie)

Transcendance (Monothéistes créationnistes)
La Vérité absolue vient de Dieu Unique

Conservateurs (incohérents entre religion et économie)

Socialismes Nationaux : nazisme, fascisme, franquisme, royauté absolue, colbertistes… (cohérents entre religion et économie)


Les anciennes oppositions sont donc remises en perspectives, comme l’Idéalisme opposé au Matérialisme, le Rationalisme opposé à l’Empirisme, le Nominalisme opposé au Réalisme, la Dialectique opposée à la Logique Formelle, le Mécanisme opposé au Finalisme, l’Induction opposé à la Déduction, ou encore le clivage Gauche-Droit en politique. Ces anciennes oppositions semblent devenir caduques lorsqu’elles sont réétudiées à la lumière de la Systémique. Car on peut alors comprendre qu’elles n’existaient que parce certains aspects de la réalité que montre la Systémique étaient ignorés. On peut citer dans le désordre : existence de différents niveaux de réalités, effets de rebouclages rétroactifs non linéaires, rebouclages avec ou sans retards temporels, différence entre modèles/théories et systèmes réels, équifinalité versus finalisme ou prise en compte de l’ergodicité, de l’homéostasie, et des équilibres dynamiques ponctués non linéaires. 
 
Cette nouvelle ligne de fracture pourrait être étudiée plus à fond afin de reconstruire la philosophie en réunissant d’un même côté : Aristote, Pascal, la Systémique, le Constructivisme épistémologique, Gödel, le Gestaltisme, la théorie de l’Information, la Thermodynamique et sa flèche du temps, Darwin, A. Korzybsky, T. Kuhn, Karl Popper, H. Simon, F. Hayek, E. Morin le tout dans une démarche…dialogique prudente et modeste car ne prétendant pas détenir la Vérité. Le but de la Systémique et du Constructivisme épistémologique est de permettre de comprendre les phénomènes d’éco-auto-ré-organisations immanents des systèmes complexes. En ce sens la Systémique est bien un méta-paradigme, comme décrit par L. Moreira, plutôt qu’un « simple » nouveau paradigme de l’épistémologie. Ce méta-paradigme, représentant d’un courant épistémologique, est un dépassement des philosophies « classiques », réelle émergence, au sens précisément de la Systémique. C’est un nouvel outil de pensée moderne, mais également un courant épistémologique profond et ancien, qui avance avec une humilité et une prudence recommandée par G.B. Vico, et non une nouvelle idéologie. Cette démarche doit être menée dans le respect des libertés individuelles, et économiques au sein de sociétés ouvertes. Il faut prendre garde à la tentation technocratique où l'être humain, l'économie ou la société seraient considérés sans prudence exclusivement comme de purs sous-systèmes ou robots obéissants. Il faut donc éviter de tomber dans la présomption fatale de « l’ingénierie sociale », l'expérimentation économique ou l'expérimentation humaine… A ce titre tant au plan sociologique qu’économique, la Systémique et le Constructivisme épistémologique semble donc être de bons candidats pour donner une solide base épistémologique aux défenseurs de nos libertés. 
 
Benjamin de Mesnard
 Épistémologie Systémique Constructivisme 

samedi 6 avril 2019

IV) Théories opposées à la Systémique (IV-6 Marxisme)

IV-6) Marxisme (Marx, Engels, Lénine, Staline…)

Le Marxisme s’est posé depuis l’origine comme étant à la fois scientifique et philosophique, muni d’une nouvelle logique, le matérialisme dialectique  (voir IV-5). Il se veut nouveau paradigme d’une  science économique refondée, à même de surpasser définitivement la « science économique bourgeoise ». Le terme « matérialisme dialectique » n’apparaîtra qu’après Marx, avec Engels et Lénine et sera érigé en totem idéologique par Staline. 
Pour analyser le Marxisme, il faut revenir aux sources : « Le Capital » T1,2 et 3, « Contribution à la critique de l’économie politique », ou « Le Manifeste du Parti Communiste » de Marx.
Le Marxisme repose sur une nouvelle vision de l’économie, et surtout sur une analyse de la valeur - pierre angulaire du Marxisme - que Marx différencie en « valeur d’usage », « valeur d’échange » pour finir par évoquer les prix.
Remarque préalable : Il faut tout d’abord souligner qu’en cherchant dans tous les textes cités plus haut, il est difficile de trouver un passage donnant une démonstration claire et stable de la « valeur d’usage » et il est impossible d’en trouver une de la « valeur d’échange ». Même si Marx revient souvent sur la « valeur d’usage », on comprend bien que c’est pour répéter que « valeur d’usage » = « nombre d’heures de travail indifférencié de l’ouvrier moyen », notion vitale au Marxisme. La « valeur d’échange » revient aussi de temps en temps, mais soit elle est utilisée pêle-mêle avec la « valeur d’usage » comme dans « Contribution... » ce qui a pour effet de brouiller les pistes, soit elle est habilement discréditée par le terme « aliénation », ou bien mise de côté via quelques glissements sémantiques. Ainsi c’est le cas dans « Le Capital » comme on va le voir ci-dessous. Ici aussi on voit bien que la « valeur d’échange » ne convenant pas du tout à l’édifice idéologique édifié par Marx, cette notion doit être éradiquée. 

IV-6-1) La « valeur d’usage » chez Marx : pour Marx, il le répète souvent, la « valeur d’usage » est proportionnelle au nombre d’heures de travail de l’ouvrier moyen, ainsi dans « Le Capital » T1 p 44 : « C'est donc seulement la quantité de travail socialement nécessaire ou le temps de travail socialement nécessaire à la fabrication d'une valeur d'usage qui détermine la grandeur de sa valeur. La marchandise singulière ne vaut ici tout bonnement que comme échantillon moyen de son espèce. Les marchandises qui contiennent des quantités de travail égales, ou qui peuvent être fabriquées dans le même temps de travail, ont donc la même grandeur de valeur. Le rapport de la valeur d'une marchandise à la valeur de n'importe quelle autre marchandise est donc celui du temps de travail nécessaire pour produire l'une au temps de travail nécessaire pour produire l'autre. En tant que valeurs, toutes les marchandises ne sont que des mesures déterminées de temps de travail coagulé ». 
Deux choses à noter : 
a) glissement de « valeur d’usage » à « valeur » tout court à plusieurs reprises… 
b) on est dans l’affirmation, on ne trouve pas de démonstration dans tous ces textes, en dépit du « C’est donc... » du début du passage ici... 
Or, en langage économique, la « valeur d’usage » de Marx s’appelle en réalité un coût partiel, partiel car se limitant au coût salarial de l’ouvrier moyen et ne prenant pas en compte les autres coûts : autres salariés, conception/ingénierie, locaux, machines, impôts, transports, distribution, défauts de fabrication, vente, etc. etc.. Attribuer, via un artifice de dénomination le mot de « valeur d’usage » à un coût d’ailleurs partiel, c’est soit une erreur de débutant, soit une grossière tromperie. Cet extrait serait correct en remplaçant le terme « valeur d’usage » par « coût salarial de l’ouvrier moyen »…. mais cela reviens à dire une tautologie qui n’apporte rien car déjà bien connue avant Marx ! Exemple d'un tel remplacement : « Les marchandises qui contiennent des quantités de travail égales, ou qui peuvent être fabriquées dans le même temps de travail, ont donc la même grandeur de valeur  coût salarial de l’ouvrier moyen. Le rapport de la valeur du coût salarial de l’ouvrier moyen d'une marchandise à la valeur au coût salarial de l’ouvrier moyen de n'importe quelle autre marchandise est donc celui du temps de travail nécessaire pour produire l'une au temps de travail nécessaire pour produire l'autre.».
Par ailleurs, avec cette « définition » de la valeur, un ouvrier peut bien passer 1 million d’heure de travail sur un bien qui n’intéresse aucun acheteur, ce bien aura un coût de production énorme mais n’aura aucune valeur (ni d’usage ni d’échange) et ne vaudra rien. D’autre part, ce « concept » ignore le degré d’automatisation et de robotisation dans la production. Aujourd’hui il existe des usines presque sans ouvrier avec un temps de travail de « l’ouvrier moyen » proche de zéro, selon Marx faudrait-il en conclure que la valeur (ou « valeur d’usage ») des biens produits par cette usine sont nuls ? Pourtant Marx avait conscience que l’automatisation pouvait se développer, mais n’en tire aucune conséquence, ex : « Après l'introduction du métier à tisser à vapeur, en Angleterre, il ne fallait plus peut être que la moitié du travail qu'il fallait auparavant pour transformer une quantité de fil donnée en tissu. (…) C'est donc seulement la quantité de travail socialement nécessaire ou le temps de travail socialement nécessaire à la fabrication d'une valeur d'usage qui détermine la grandeur de sa valeur. ». [Marx « Le Capital », T1, p 43]. Enfin, ce que l’on entend quelque fois en économie par « valeur d’usage », c’est la valeur psychologique attribuée par celui qui va utiliser le bien acquis. Cette « valeur d’usage » est donc relative à chaque individu et elle est subjective. La vraie « valeur d’usage » d’une voiture par exemple est très élevée pour quelqu’un vivant en milieu rural sans aucun transports en commun, car elle sera un moyen de transport vital. La même voiture pour un parisien aura une « valeur d’usage » faible car il n’en a pas besoin la plupart du temps pour vivre et travailler. Cela n’a donc rien à voir avec le coût salarial d’un ouvrier moyen comme le croit Marx… 

IV-6-2) La « valeur d’échange » chez Marx : par ailleurs il parle de « valeur d’échange », or la seule « valeur d’échange » réelle, c’est celle attribuée par celui qui achète le bien (ou le service) d’un côté et par celui qui le vends. La « valeur d’échange » est donc non seulement relative aux deux acteurs de l’échange, mais elle même subjective à chacun d’entre eux. Cette véritable valeur d’échange, différente entre vendeur et acheteur n’est pas le prix comme le croit Marx, on n’y reviendra. Comme on voit bien que la « valeur d’échange » pose un problème car elle relève des libres marchés haïs, et qu’une seule « valeur » doit s’imposer, celle définie par Marx ; il a recours à diverses méthodes pour la discréditer, dont un peu de dialectique avec la « non-valeur » négation de la valeur : « La première façon, pour un objet d'usage, d'être une valeur d'échange en puissance, c'est d'exister comme non-valeur d'usage, c'est-à-dire comme quantité de valeur d'usage excédant les besoins immédiats de son possesseur. Les choses sont par définition extérieures à l'homme, et donc aliénables. Pour que cette aliénation soit réciproque, il suffit que les hommes se fassent implicitement face comme les propriétaires privés de ces choses aliénables et par là même précisément comme des personnes indépendantes les unes des autres ». [Marx « Le Capital », T1, p 100]. En résumé, avec la « valeur d’échange » on est dans la non-valeur, dans l’aliénation, aux mains de propriétaires privés indépendants les uns des autres individus dans la solitude de l’aliénation...

IV-6-3) Glissements sémantiques répétés : D’autre part la « valeur d’échange » qu’il déclare vouloir étudier, semble au fil du texte être décrétée anecdotique, « forme phénoménale », et est mise aux oubliettes sans bruit via quelques glissements sémantiques…
Par exemple dans [Marx « Le Capital », T1, p 43] : « Si l 'on fait maintenant réellement abstraction de la valeur d'usage des produits du travail, on obtient leur valeur, telle qu'elle avait précisément été déterminée. ». Note : devant le lecteur peu attentif, il opère ici un 1° glissement sémantique de « valeur d’usage » vers « valeur » tout court. Il le fait maintes fois, comme dans l’extrait vu plus haut en (IV-6-1) T1 p 44 et cette « technique » se répète encore et encore dans tous ces écrits. Il continue, cette fois-ci avec la « valeur d’échange » :  : « Ce qu'il y a donc de commun, qui s'expose dans le rapport d'échange ou dans la valeur d’échange de la marchandise, c'est sa valeur. ». Ibid p 43. Note : c’est le 2° glissement sémantique de « valeur ou rapport d’échange » vers « valeur » tout court, qui va permette l’élimination de la « valeur d’échange ».
Puis : « (…) Toute la suite de notre recherche nous ramènera à la valeur d'échange comme mode d'expression ou comme forme phénoménale nécessaire de la valeur, laquelle doit cependant être d'abord examinée indépendamment de cette forme. ». Ibid p 43. Dernière phase de l’élimination : la « valeur d’échange » devenant tout à coup un simple « forme phénoménale », il faut donc l’« examiner indépendamment de cette forme », elle est donc éliminée discrètement. Et dès la phrase suivante on repart ainsi sur : « Une valeur d'usage, une denrée, n'a donc une valeur que parce qu'en elle est objectivé ou matérialisé du travail humain abstrait. Comment alors mesurer la grandeur de sa valeur ? Par le quantum de "substance constitutive de valeur" qu'elle contient, par le quantum de travail. » etc.  Tout au long du T1, Marx tente d’enterrer la « valeur d’ échange » qui ne convient pas à sa théorie. Cela le cas échéant au prix de phrases peu compréhensibles comme en p 217 : « Mais le travail passé que contient la force de travail et le travail vivant qu'elle peut fournir, autrement dit le coût journalier de son entretien et sa dépense journalière sont deux grandeurs tout à fait différentes. La première détermine sa valeur d'échange, l'autre constitue sa valeur d 'usage. (…) Quant au vendeur de la force de travail, comme le vendeur de n'importe quelle autre marchandise, il réalise effectivement sa valeur d'échange et aliène sa valeur d'usage. » où il en profite pour glisser à nouveau le mot clé « aliénation »… Avec un large recours aux « valeur » tout court, le but est de mettre dans la tête du lecteur que « valeur d’échange » = « valeur d’usage » = « valeur » tout court = « nombre de jours de travail de l’ouvrier moyen» , comme seule valeur existante. Cela est effet vital car tout le Marxisme repose sur cela, c’est le seul moyen pour parvenir à « démontrer » l’exploitation de l’ouvrier par le capitaliste via la notion de « surproduit » par du « surtravail » (autre glissement sémantique) puisque la seule « valeur » c’est le nombre d’heures de travail de l’ouvrier moyen.
Pour Marx la journée de travail d’un ouvrier se décompose en deux parties : la première permet juste la production nécessaire pour payer un salaire de survie à l’ouvrier. La seconde donne un « surproduit » générant une « survaleur » qui constituera le profit allant dans la poche du capitaliste, via un « surtravail » « extorqué » à l’ouvrier. Ex : « La seconde période du procès de travail, pendant laquelle l'ouvrier trime au-delà des limites du travail nécessaire, lui coûte certes du travail, une dépense de force de travail, mais ne constitue pas de valeur pour lui. Elle forme une survaleur qui sourit au capitaliste de tous les charmes d'une création ex nihilo. Cette partie de la journée de travail, je l'appelle temps de travail en surplus, et le travail dépensé pendant ce temps, surtravail (surplus labour). Autant il est décisif pour la connaissance de la valeur en général de la saisir comme pure coagulation de temps de travail, comme pur travail objectivé, autant il est décisif de saisir la survaleur comme pure coagulation de temps de travail en surplus, comme pur surtravail objectivé. Seule la forme sous laquelle ce surtravail est extorqué au producteur immédiat, l'ouvrier, distingue les formations sociales économiques, par exemple la société esclavagiste de celle du travail salarié. ». [Marx « Le Capital », T1, p 242]. Note : Marx en profite pour glisser le terme « esclavagiste » en parlant du capitaliste… On arrive alors au supposé mal majeur du capitalisme à travers l’une de ses « contradictions » : la surproduction d’un côté et une sous-consommation de l’autre, les ouvriers étant tout juste maintenus en régime de survie. C’est l’une des contradictions principales du capitalisme selon Marx, alors même que l’histoire a montré que la supposée « surproduction » n’existe pas à moyen terme car – précisément – l’ouvrier s’est mis à son tour à consommer au cours d’une augmentation générale du niveau de vie. S’il y a surproduction (et donc insuffisance de la demande pour ces produits là, ou à l’inverse, excès de demande), elle ne peut être que temporaire, le système se rééquilibrant via un processus d’équilibre dynamique ponctué d’éco-auto-ré-organisation ! Ce qui est vue comme mauvais, exploitation, surtravail extorqué et surproduction par Marx est en réalité le moyen le plus sûr d’élever le niveau de vie de la population en produisant progressivement plus de biens et de services qui seront consommés via un rebouclage rétroactif typiquement Systémique. Mais cela Marx, en tant que scientiste positiviste, n’en n’a visiblement pas conscience.

IV-6-4) De même il y a confusion entre prix et « valeur d’échange » : Le prix, c’est le point de rencontre possible (mais non obligatoire !) à un certain moment entre l’acheteur et le vendeur entrés en relation. C’est le prix sur lequel il vont tomber librement d’accord (ou non, et dans ce cas l’échange ne se fait pas) pour procéder librement à l’échange. Cet accord sur un prix se déroule dans un environnement limité, depuis des horizons de connaissances, des points de vues différents et limités du vendeur et de l’acheteur. Ils agissent avec une information et une rationalité limitées, c’est la Rationalité limitée comme vu avec H. Simon, voir (II-5-5-e). De plus, comme souligné par K. Popper et F. Hayek simultanément, et avec les travaux sur la Théorie des Jeux de J. Von Neumann , O. Morgenstern et J. Nash, il faut tenir compte du jeux des acteurs économiques entre eux, adaptant en permanence leurs actions et choix en fonction de ce qu’ils croient savoir de ceux des autres. Cela donne lieu à une Dialogique continue entre les acteurs économiques, une coopétition, mélange de compétition et de coopération et non une Dialectique se résumant à des guerres ou luttes permanentes, voir (V-16). Tout cela est totalement inconnu du Marxisme.
Par ailleurs les prix affichés par les vendeurs, constituent un flux d’information au sien du Système économique. Au même titre que les autres types de flux de matières, énergies, etc. Marx confond « valeur d’échange » et prix : « On dit : ce stylo vaut Fr 10 parce que c'est le prix affiché, et nous confondons dans notre langage courant le prix et la valeur. Mais si j'ai acheté ce stylo, c'est bien parce que pour moi, ce stylo vaut plus que Fr 10. Si pour moi, avoir Fr 10 ou avoir ce stylo, c'était exactement la même chose, alors je n'aurais pas pris la peine de l'acheter. Inversement, pour le marchand, le stylo vaut moins que mes Fr 10, sinon il ne le mettrait pas en vente, ou pas à ce prix là. S'il vend le stylo, c'est parce qu'il pense pouvoir faire plus de choses avec mes Fr 10 qu'avec ce stylo sur son rayon. » [MICHEL, Henry, « Peux-t-on faire des Affaires sans se salir des Mains ? », Conférence donnée à Genève, le 2/11/1993, p 7]. On note également dans cette citation que l’échange est inégal est que cela est nécessaire. Les Marxistes soutiennent qu’avec le système capitaliste, le fait que les échanges soient inégaux est scandaleux, preuve que ce système est vicieux car les échanges ne peuvent se faire selon eux qu’à la « valeur d’usage » égales. Mais comme le dit encore Henry Michel : « Donc quand j'ai acheté le stylo, nous avons gagné tous les deux et nous avons gagné parce que les termes de l'échange étaient inégaux. C'est cela, la réalité, pourtant elle n'est pas reflétée dans la comptabilité. » [Ibid p 7]. C’est parce que l’échange est inégal, que chacun y gagne, sinon il n’y aurait pas eu cet échange, puisque - contrairement aux services étatiques en vente forcée via l’impôt- l’acheteur était libre d’acheter ou non ce stylo au prix de Fr. 10. Pourquoi pour Marx un échange doit-il être nécessairement égal ? A cause de la « valeur » ramenée au nombre d’heure de travail d’un ouvrier moyen. Si lors d’un échange l’acheteur paye 110 alors que la « valeur » marxiste est de 100, c’est qu’il y a vol, « survaleur », surexploitation par le capitaliste qui écrase le prolétariat, non seulement via du « surtravail », mais également en essayant de vendre 110 ce qui a une « valeur d’usage » Marxiste de 100…

IV-6-5 ) A travers cette analyse, on comprend pourquoi Marx est à l’opposé de la Systémique, d’une manière que l’on pourrait presque qualifier de caricaturale :

a) Matérialisme :
Bien que se référant à deux philosophes idéalistes : Descartes et Hegel. Comme vu au chapitre IV, matérialisme et idéalisme s’opposent tout en faisant appel l’un à l’autre. et sont tous deux incompatibles avec la Systémique pour qui Matière et Forme sont inséparables, un Système formant un tout sans avoir une Forme/Structure/Organisation d’un côté et de la Matière de l’autre...

b) Démarche de pseudo-science non scientifique
C’est à dire une démarche, tout comme l’astrologie par exemple, qui veut se draper des oripeaux de la science sans en être du tout :
  - revendication répétée d’être scientifique, mais une chose fausse ne devient pas vraie parce que martelée encore et encore,
  - recours à la pseudo logique qu’est la Dialectique comme vu en (IV-5),
  - recours à des pseudo formules mathématiques telles que M-A-M’-A’ où A’=A+A, ou bien M’-A’=(M+m)-(A+a) dans « Le Capital » avec des exemples numériques repris des dizaines de fois, toujours selon le système de la répétition.
Tout cela ne fait pas une théorie scientifique, voir K. Popper (III-2-8), ainsi on ne voit pas comment le Marxisme peut se prêter à des tests, des expérimentations, afin d’être éventuellement réfuté le cas échéant : il est irréfutable comme l’est l’astrologie. D’ailleurs, l’histoire qui a suivi, a démontré mainte fois l’échec du Marxisme, sans que cela affecte ses fidèles dans leur foi, à la manière d’une religion...

c) Recours à un réductionnisme outrancier comme « l’ouvrier moyen », en faisant également la moyenne des machines de production (ignorant ainsi leurs diversités, leurs modernisations et les augmentations de productivité en découlant) et la moyenne des marchandisent produites afin de gommer leurs différences, leurs complexités, avec des machines plus ou moins automatisées et des marchandises (ou des services !) très variés. Il prends donc en considération une entreprise type moyenne simplifiée, caricaturale typiquement cartésienne. C’est en quelque sorte une entreprise rêvée ayant 1 machine, 1 ouvrier et 1 marchandise produite avec 1 valeur et 1 prix… et 1 capitaliste bien entendu. Cela lui permet « d’éjecter » de son analyse toute la diversité et la complexité des actions et interactions individuelles, des innovations, de la diversités des modes de productions, des marchandises ou services produits et des compétences très variées requises. Ainsi dans son modèle cartésien ultra simplifié, les ouvriers, techniciens, ingénieurs, managers, gestionnaires, commerciaux etc. d’une entreprise sont réduits à être des robots moyens uniformisés tout juste capable de faire un travail simple. C’est l’hypostase de « l’Ouvrier » noté « T », du « Capital » noté « C », de la « Marchandise »  notée « M » dans ses « équations » pseudo mathématiques : « on donne des majuscules à des mots vides de signification » comme le disait Simone Weil en 1937 [WEIL, Simone, Œuvres, Ed. Quarto Gallimard, p 473]. C’est la négation des êtres humains avec tous leurs talents et diversités comme l’explique Marx lui-même : « Pour bien comprendre comment la valeur d'échange est déterminée par le temps de travail, il importe de ne pas perdre de vue les idées essentielles suivantes. La réduction du travail à du travail simple, pour ainsi dire dénué de qualité ; (…). Pour mesurer les valeurs d'échange des marchandises au temps de travail qu'elles contiennent, il faut que les différents travaux eux-mêmes soient réduits à un travail non différencié, uniforme, simple, bref à un travail qui soit qualitativement le même et ne se différencie donc que quantitativement. Cette réduction apparaît comme une abstraction, mais c'est une abstraction qui s'accomplit journellement dans le procès de production social. (...) En fait, le travail, qui est ainsi mesuré par le temps, n'apparaît pas comme le travail d'individus différents, mais les différents individus qui travaillent apparaissent bien plutôt comme de simples organes du travail. Autrement dit, le travail, tel qu'il se présente dans les valeurs d'échange, pourrait être qualifié de travail humain général. Cette abstraction du travail humain général existe dans le travail moyen que peut accomplir tout individu moyen d'une société donnée, c'est une dépense productive déterminée de muscle, de nerf, de cerveau, etc., humains. C'est du travail simple, auquel peut être dressé tout individu moyen, et qu'il lui faut accomplir sous une forme ou sous une autre. » [Marx, « Contribution... », Chap 1, p 19]. En passant, on note ici que subrepticement Marx mélange à nouveau « valeur d’échange » et « valeur d’usage » : il affirme que c’est la « valeur d’échange » (et non plus seulement la « valeur d’usage ») qui est « déterminée par le temps de travail » de l’ouvrier moyen ! Par ailleurs, on aura bien compris que Marx considère les divers salariés d’une entreprise comme de « simples organes de travail » tout juste capables de faire « du travail simple auquel peut être dressé tout individu moyen »... car cette réduction des salariés au niveau de « simples organes de travail » d’ouvriers moyens est nécessaire à sa théorie. De ce « modèle » il en tirera des centaines de pages d’analyses de tous ordres, de grandes généralisations notamment sur le destin historiciste lyrique de la Classe ouvrière. On est vraiment loin de la phronésis / prudence d’Aristote et J.B. Vico concernant les conclusions à tirer des modèles -surtout poussé à ce degré de simplification- , et également loin de la « carte n’est pas le territoire » de A. Korzybski : le modèle ultra simplifié de Marx est pris comme réalité alors qu’il ne corresponds aucunement au monde réel.

d) Théories / modèles irréfutables et donc non-scientifiques, voir (III-2-8)
Comme on l’a vu en (b), le Marxisme est intrinsèquement irréfutable, il ne peut pas être testé, soumis à une expérimentation, à l’instar de l’astrologie par exemple. De plus il y a toujours une réponse ad-hoc pour toutes remarques et critiques, tout comme l’astrologie encore. Par exemple, face à la faillite, au totalitarisme et aux exactions de tous les régimes Marxistes, on aura l’explication ad-hoc « ce n’était pas vraiment du communisme » mettant définitivement le Marxisme à l’abri de toute réfutation. Pour mieux se protéger, la technique de Marx consistant à user de moyennes et de simplifications sur tous les sujets est un outils commode pour annuler ou nier (dialectiquement ?) toutes les remarques déstabilisatrices qu’il connaît bien de la part de ses contradicteurs. Ainsi, comme vu ci-dessus, si certaines machines à tisser sont mues désormais par la vapeur et réduisent pas deux le temps de travail des ouvriers, cela ne change rien puisque l’on va considérer une machine moyenne. Si un ouvrier est paresseux et met dix fois plus de temps à produire la même marchandise, celle-ci (si on applique sa théorie) vaudra  dix fois plus, mais, en fait, on ne prends que le temps moyen de « travail simple » des ouvriers « simples organes », idem sur toutes les marchandises même si elles sont radicalement différentes. Enfin, en dernier ressort, ses détracteurs, pour faire bonne mesure, sont régulièrement qualifiés de bourgeois, de libéraux, dénigrés et insultés, mais sans aucune argumentation, ainsi : « Note 10. A cette troisième loi, Mac Culloch, entre autres, a ajouté cet additif inepte que la survaleur peut s'élever sans chute de la valeur de la force de travail si l 'on supprime certains impôts que le capitaliste devait payer auparavant. (...) L'exception de Mac Culloch prouve donc simplement qu'il n'a rien compris à la règle, malheur qui lui arrive souvent, quand il vulgarise Ricardo, aussi souvent qu'à J.B. Say, quand il vulgarisait Adam Smith. » [Marx, « Le Capital » T1, p 584].

e) Méconnaissance des boucles rétroactives des équilibres dynamiques ponctués (homéostasie) de la Systémique :
       • Avec sa théorie de la valeur, Marx ignore la moitié des circuits du système économique. Pour lui il n’y a qu’à produire une marchandise, qui a automatiquement comme valeur la « valeur d’usage » égale au coût du salaire de l’ouvrier, nécessairement égale à la « valeur d’échange », impérativement égale au prix de mise en vente (sinon le capitaliste est un voleur en plus d’un exploiteur comme vu plus haut en (IV-6-4) . A partir de là, cette marchandise trouvera son client à ce prix là tout aussi automatiquement ! Tout le côté consommateurs et consommation est totalement ignoré, les « lois » de l’offre et de la demande n’existent pas, pas besoin de commerciaux ou de vendeurs et encore moins de marketing opérationnel ni d’associations de consommateurs. On comprend alors pourquoi les industries communistes ont toujours été en retard technique, non innovantes, produisant trop ou trop peu des marchandises ne répondant pas aux besoins de la population, avec des Trabants au lieu des voitures fiables, variées et confortables des pays « capitalistes »…
       • De plus, avec sa théorie de la surproduction permanente s’amplifiant fatalement comme vu en (IV-8-3), il ignore l’adaptation en équilibre dynamique ponctuée (l’homéostasie) des acteurs, l’éco-auto-ré-organisation, systémique. Pour lui, il n’y aura jamais aucun rééquilibrage Systémique possible de cette surproduction par un développement de la demande par exemple.
      • De même, il affirme que le maintien des salaires des ouvriers juste au niveau de la survie génère un surplus permanent de main-d’œuvre, d’ouvrier sans travail ce qui renforce les salaires au niveau de survie. Or, il faut tenir compte des effets de rebouclages systémiques. Les employeurs ont donc à leur disposition une masse d’ouvriers à bas coûts dans un monde où seul compte le fait de produire, puisque les marchandises produites trouvent automatiquement acquéreur au prix de la « valeur d’usage » de Marx, valeur indépendante de l’offre et de la demande. Ils n’ont donc aucune raison de ne pas embaucher massivement cette masse d’ouvriers pas chers et disponibles immédiatement pour augmenter leur production et leurs profits, jusqu’à la réduction à zéro du chômage. Cette disparition du chômage, selon la « loi » de l’offre et de la demande (typiquement Systémique) qu’ignore Marx, va alors créer des tensions sur les salaires, les capitalistes entrants en compétition entre eux pour débaucher avec de meilleurs salaires les meilleurs ouvriers chez leurs concurrents… Et donc le revenu des ouvriers va augmenter et leur niveau de vie avec, phénomène effectivement observé au cours de l’histoire. Mais encore faut-il imaginer des ouvriers autres que « l’ouvrier moyen », « simples organes de travail » tout juste capable de faire « du travail simple auquel peut être dressé tout individu moyen » ! C’est ce que remarque K. Popper : « Or, Marx n’indique pas pour quelle raison la main-d’œuvre disponible continuerait à dépasser la demande. Car, si l’exploitation des travailleurs procure un si grand profit, pourquoi les capitalistes ne cherchent-ils pas à employer un nombre toujours plus grand d’ouvriers ? La concurrence entre employeurs ferait alors monter les salaires et l’exploitation se réduirait et disparaîtrait. » [POPPER, Karl, « La Société Ouverte… » T2, p 117].
     • Enfin, même chose avec la baisse tendancielle du taux de profit des capitaliste soutenue par Marx. «  Le capital d’un industriel se divise en deux parts : l’une qui sert aux investissements (en terrain, outillages, matières premières, etc.), et l’autre au paiement des salaires. Marx appelle la première « capital constant », la seconde « capital variable ». Ces termes me paraissant un peu imprécis, je les remplacerai par « capital immobilisé » et « capital-salaires ». Selon Marx, le capitaliste ne peut tirer profit que de l’exploitation des ouvriers, c’est à dire de l’emploi du « capital-salaires », le « capital immobilisé » étant, en quelque sorte, un poids mort que la concurrence et la tendance générale à l’augmentation de la production l’obligent à croître sans cesse. Son importance par rapport au « capital-salaires » grandissant, le taux de profit du capital total doit nécessairement diminuer. » [POPPER, Karl, « La Société Ouverte… » T2, p 122]. Or, dans le monde réel, le « capital immobilisé » est productif, comme le montre les usines modernes sans ouvriers et peuplées de robots. Ce « capital immobilisé » est de plus en plus productif d’ailleurs grâce aux innovations, à la recherche et au progrès techniques, (eux-même issus d’une autre boucle de rétroaction positive systémique, les innovations appelant les innovations)... totalement ignoré par Marx. Ici également, après avoir ignoré la moitié du système économique avec le marché, la demande, voilà qu’il ignore maintenant la productivité du sous-système constitué par le « capital immobilisé » !

f) Non prise en compte des facteurs de risques pris par les capitalistes et de la sélection naturelle qui en découle sur les entreprises : Comme on la vu en (III-2-6) avec Darwin, la sélection naturelle est un concept inhérent à la Systémique. Or Marx grâce on sa « valeur d’usage » = « valeur d’échange » = prix = « nombre d’heure de travail d’un ouvrier moyen » aboutissant à des produits ayant une valeur prédéterminées, et trouvant acheteurs automatiquement à cette valeur, tous facteurs de risques pris par le capitaliste sont purement et simplement niés. En somme avec Marx, le capitaliste est un profiteur jouant et gagnant à coup sûr sur le dos des ouvriers. Toutes les idées, l’argent investit (peut-être bien en pure perte), les innovations, les concurrents, le travail pour trouver de nouveaux débouchés et les risques de ruines pris par l’entrepreneur sont ignorés. Ainsi il est facile à Marx de transformer l’entrepreneur et ses investisseurs en capitalistes profiteurs surexploitant sans risques ni justification les ouvriers… pourtant jugés par Marx lui-même comme n’étant que de « simples organes du travail » !

g) Le Marxisme est un oxymore qui se veut une science et une philosophie : 
 
A titre d’exemple Staline écrit en 1938 : « Marx et Engels n’ont en effet emprunté au matérialisme de Feuerbach que son « noyau central » ; ils l’ont développé en une théorie philosophique scientifique du matérialisme, et ils en ont rejeté toutes les superpositions idéalistes, éthiques et religieuses. » [STALINE, J.V., Matérialisme dialectique et Matérialisme historique, p 2, 1938]. C’est une contradiction, chose ironique alors même que la dialectique se veut théorie des contradictions et des oppositions avec la « négation de la négation » … En effet, une théorie donnée ne peut être à la fois science et philosophie, il n'y a donc pas de "théorie philosophique scientifique". Comme montré par K. Popper en (III-2-8), une théorie pour être scientifique doit être réfutable, c’est à dire que l’on doit pouvoir la soumettre à des tests, des expérimentations, pour tenter de la réfuter, critère qui n’est pas demandé ni à une théorie philosophique, ni à une religion. 
Le plus surprenant dans cette affirmation de la scientificité du Marxisme, avec une science matérialiste supposée atteindre avec certitude la Vérité, c’est qu’ils accusent de fidéisme ceux qui ne croient pas à l’atteinte de cette Vérité. Ainsi dans le passage déjà cité en (III-2-8) de Lénine repris en 1938 par Staline : « « Le fidéisme contemporain ne répudie nullement la science ; il n'en répudie que les "prétentions excessives", à savoir la prétention de découvrir la vérité objective. S'il existe une vérité objective (comme le pensent les matérialistes), si les sciences de la nature, reflétant le monde extérieur dans l'"expérience" humaine, sont seules capables de nous donner la vérité objective, tout fidéisme doit être absolument rejeté. » (Matérialisme et empiriocriticisme, t. XIII, p.102.). Or précisément ceux qui soutiennent atteindre la Vérité, par un moyen ou un autre, ce sont les religions (et donc les fidéistes), les idéologies ET en particulier les Marxistes ! Preuve s’il en est que le Marxiste est non-scientifique et ne relève que d’un acte de foi… fidéiste.


IV-6-6) Pour terminer, quelques citations du « Manifeste du Parti Communiste » :

a) P 55 : « L’abolition de la famille ! Même les plus radicaux s’indignent de cet infâme dessein des communistes. 
Sur quelle base repose la famille bourgeoise d’à présent ? Sur le capital, le profit individuel. La famille, dans sa plénitude, n’existe que pour la bourgeoisie ; mais elle a pour corollaire la suppression forcée de toute famille pour le prolétaire et la prostitution publique. La famille bourgeoise s’évanouit naturellement avec l’évanouissement de son corollaire, et l’une et l’autre disparaissent avec la disparition du capital. ».
Note : Et les enfants seront embrigadés aux jeunesses communistes, et priés de dénoncer leurs parents le cas échéant… Tout comme cela était le cas chez les Nazis.
b) p 56 : « Mais la bourgeoisie tout entière de s’écrier en chœur : Vous autres, communistes, vous voulez introduire la communauté des femmes ! (…) Les communistes n’ont pas besoin d’introduire la communauté des femmes ; elle a presque toujours existé. (…) Le mariage bourgeois est, en réalité, la communauté des femmes mariées. Tout au plus pourrait-on accuser les communistes de vouloir mettre à la place d’une communauté des femmes hypocritement dissimulée une communauté franche et officielle. ».
Note : La communauté des femmes (réduites à l’état d’objets) est prévue, mais pas celle des hommes...

Misère de la philosophie qui annonce les totalitarismes à venir...

SUITE du blog : IV-7) Comparaison entre Aristote, Leibniz, Structuralisme, Matérialisme Dialectique, Systémique plus Platon, Descartes et Hayek

Benjamin de Mesnard

mercredi 20 août 2014

V-10) Gestaltisme versus Connexionnisme et cognitivisme


Le cognitivisme prône le fonctionnement « computationnel » du cerveau et des mécanismes biologiques en général. Il considère que le vivant, tel un ordinateur, manipule des symboles élémentaires à travers un programme (implicitement pensé comme écrit à l’avance). Cette manipulation de symboles trouve leur correspondance dans le monde réel, la « computation » permettant d’arriver à un résultat lui-même composé de symboles. Le cognitivisme a donc besoin de l’idéalisme et du réalisme, le monde des idées correspondant au monde réel, les symboles aux idées. Ainsi la compréhension du monde se résume à « comprendre » (la computation) les symboles en les manipulant, en leur appliquant des règles prédéfinies, en les réordonnant, etc.… En ce sens le cognitivisme se rapproche en fait (en apparence) du Nominalisme, du Positivisme Logique et du Cercle de Vienne où tout est considéré comme pouvant se ramener à des manipulations de symboles, comme avec les propositions logiques de Wittgenstein.

Le connexionnisme, comme vu plus haut en (IV-5), envisage la cognition comme le résultat d'une interaction d’un grand nombre de parties élémentaires d'un réseau avec établissement de nouvelles connexions (synapses) dans ce réseau. Ces nouvelles connexions, nouveaux schémas de relations entre neurones, transposent dans le cerveau la perception du monde réel. Ce réseau de connexions joue le rôle d’un programme et effectue un certain nombre de « calculs » ou plus exactement de « computations » pour lesquels il a été conçu par le chercheur. Ces deux approchent s’opposent par nature au gestaltisme vu en (II-2-1) car celui-ci va s’intéresser d’emblée à une approche globale, à une Forme au sens aristotélicien, à l’organisation, de la chose étudiée. En cela il est donc radicalement opposé au connexionnisme et au cognitivisme intrinsèquement cartésiens et positivistes car implicitement simples et non complexes.

Apport de la Systémique : Il y a quelque fois une confusion dénoncée par JL Le Moigne entre autres entre le connexionnisme vu comme s’opposant à la Systémique par une mise en avant des phénomènes de réseaux connexionnistes, contre les systèmes implicitement pensés comme strictement hiérarchiques. Comme expliqué en (II-4-2), un système peut être organisé en hiérarchique simple, en réseau, ou en multi-hiérarchique (réseau hiérarchique). La Systémique prend en compte la capacité d’une telle organisation à se réorganiser, notamment mais pas seulement comme décrit par le connexionnisme. La Systémique en première approche semble donc plutôt proche du connexionnisme qui semble bien se rattacher aux courants holistiques. Cependant, la Systémique étudie clairement les flux d’informations, allant vers ou venant de l’extérieur ou encore internes aux systèmes. Il ne prétend pas qu’un seul type de système -comme le fait le connexionnisme- puisse traiter le monde extérieur. La Systémique reconnaît tous les types de systèmes (y compris ceux qualifiables de « computationnels ») soit au niveau du système principal de pilotage, soit au niveau des sous-systèmes avec son propre pilotage. Enfin la Systémique va plus loin avec le concept utilisé par le Constructivisme également et déjà évoqué de nombreuses fois ici d’Eco-Auto-Ré-organisation. 

 SUITE du Blog : V-11) Internalisme versus Externalisme

Benjamin de Mesnard
Épistémologie Systémique Constructivisme  

jeudi 19 novembre 2009

V-5) Réductionnisme versus approche holistique


Comme décrit plus haut avec Descartes, le réductionnisme est la méthode Cartésienne consistant à découper le réel en parties de plus en plus petites jusqu’à obtenir la compréhension complète de chacune d’entre elles. Implicitement, on considère donc que cela suffit et que la somme des connaissances de chacune des parties représente correctement la chose initiale étudiée.
L’opposition entre le réductionnisme et une approche holistique peut être résumée par les points suivants :
a) Critère d’évidence cartésien versus critère de pertinence prudente du choix de découpe du sujet/objet à étudier par rapport au reste du réel ;
b) Critère de réduction/division simplificatrice versus l’approche holistique, globale, multicritères, s’appuyant sur plusieurs types de modèles et angles de vues ;
c) Critère de la simplicité supposée du petit élément découpé versus prise de conscience que « l’élément » n’est rien d’autre qu’un sous-système lui-même hypercomplexe ;
d) Critère de causalité directe versus étude des fins du système (intentionnalité) par approches téléologiques des équifinalités et des ergodicité du système ;
e) Critère d’exhaustivité versus recherche pragmatique d’un optimum de compréhension minimum du système, en restant conscient des insuffisances de nos approches ;
f) Critère de certitude, d’arrogance de la science versus prise de conscience de nos incertitudes (pas seulement quantiques), de prudence et d’humilité vichienne de la science face à la complexité du réel.

Le réductionnisme peut donc être vu :
  • soit comme la première étape d’une opération correcte d’analyse, ceci, n’est valable que si cette phase est bien menée dans cet esprit, et est bien suivi des autres telles que décrites par la Systémique (voir II-3-6-b). Même la question de la non prise en compte de la sensibilité aux conditions initiales par Laplace, peut être un outil utile si cette opération est faite en spécifiant le degré d’incertitude volontairement accepté, incertitude normale des mesures (laissons de côté ici l'incertitude quantique), dans le but d’analyser un système sur un point particulier avec l’optique d’une théorie particulière à réfuter le cas échéant au sens poppérien du terme.
  • soit comme erronée et insuffisante car menée dans un esprit cartésien, ignorant les concepts systémiques.
Dans tous les cas, et comme il a déjà indiqué ici, il faut prendre garde à ne pas découper aveuglément le réel dans cette phase, cette découpe pouvant cacher des présupposés plus ou moins inconscients chez le scientifique menant cette phase. Plusieurs découpes du réel sont possibles dans pratiquement tous les cas, chaque découpe pouvant cacher des propriétés globales du sujet d’étude qui pourront être rendues visibles par d’autres découpes/approches.
On retrouve ici la question des modèles et des simulations dont les différents types, surtout lorsque le sujet d’étude est complexe et non simplement compliqué, apportent autant d’éclairages enrichissants de ce sujet.
Il est possible ici d'évoquer l'image du macroscope de J. de Rosnay, où le réductionnisme serait un zoom avant (un microscope) alors que l'approche holistique/systémique serait un zoom arrière. Descartes et le réductionnisme sont l'équivalent du zoom maximum, en grossissement maximum où l'on voit les détails de la carte, mais où l'on perd la vision globale de celle-ci. Le débat n'est donc pas de dire que cette approche, cet angle de vue, est mauvais, mais de dire qu'il est nécessaire mais pas suffisant. A deux titres :
  • risque de faire un zoom maximum sur un seul endroit de la carte en ignorant les autres
  • besoin de faire des zooms arrières pour récupérer une vision globale holistique de l'ensemble de la carte.
  • besoin de repartir en zooms maximum OU intermédiaires pour focaliser à nouveau sur un autre détail, à un autre endroit de la carte.
  • l'approche systémique c'est l'ensemble de cette démarche, ce n'est pas seulement le zoom arrière de vue globale de la carte. C'est bien l'ensemble des deux en une série de zooms avant et arrières incessants en allers-retours qui permettent précisément l'approche par multiples angles de vues, comme le recommande Leibniz (voir III-2-3) et par différents avis prudents, c'est la phronesis d'Aristote ou de la prudence de Vico.
On retrouve cette incompréhension très souvent, ainsi dans le site de la Fondation Constructiviste, on trouve un article très intéressant sur le supposé échec du constructivisme en éducation, sur le constat que l'application de l'approche par seule implication de l'élève dans l'enseignement ne suffit pas et donne un bilan décevant en terme de quantité de choses apprises par ce dernier. Ce constat relève simplement de cette incompréhension : il faut opérer par un mixage des méthodes d'enseignement en alternant sans idéologie :
  • l'apprentissage par « méthode directe » où que l'on peut qualifiée de méthode magistrale où l'élève absorbe directement les connaissances, voire apprend par cœur. Cette méthode est plus rapide à court terme mais démotivante pour l'élève et le professeur à terme.
  • l'apprentissage via l'auto-découverte par l'élève où celui-ci reconstruit les connaissances, certes plus lente à court terme, mais beaucoup plus motivante pour l'élève et son professeur. Méthode souvent à tort considérée comme exclusivement constructiviste, alors que la véritable méthode constructiviste consistera entre l'alternance des deux, tout comme les successions de zooms avant et arrière cités plus haut.
Apport de la Systémique : La Systémique accepte la réduction (mais non le réductionnisme c’est-à-dire la réduction érigée en méthode absolue comme l’a fait Descartes), comme une étape d’un processus délicat et à risques décrit en (II-3-6-b) dans la méthode systémique. Il s’agira donc de découper le réel –au sens du constructivisme- en pleine conscience que ce découpage « arbitraire » peut entraîner des artefacts dont il faudra savoir tenir compte.

 SUITE du Blog : V-6) Relativisme versus Absolutisme

 Benjamin de Mesnard

samedi 13 juin 2009

IV) Théories opposées à la Systémique (IV-7 Comparatif)

IV-7) Comparaison entre Aristote, Leibniz, Structuralisme, Matérialisme Dialectique, Systémique plus Platon, Descartes et Hayek :
Revue des divers concepts étudiés plus haut :
Concepts de Base
Aristote
Leibniz
Structuralisme
Matérialisme Dialectique
Systémique
Totalité-Globalité
Oui
Oui
Oui
Non
Oui
Interactions Interrelations
Non
Non
Oui
Oui
Oui
Interactions non linéaires
Non
Non
Non
Non
Oui
Organisation vs Structure
Non (1)
Non
Oui
Non
Non
Oui
Non
Oui
Oui
Oui
Environnement
Oui (2)
Oui
Oui
Oui
Oui
Complexité
Oui
Oui
Oui
Non
Oui
Récursivité
Non
Non
Non
Oui ?
Oui
Formalisation/ modèles
Non
Oui
Oui (3)
Non
Oui
Caractéristiques
Stationnarité
Aristote
Leibniz
Structuralisme
Matérialisme Dialectique
Systémique
État d'équilibre Homéostasie
Non
Non
Oui
Non
Oui
Domaine de Stabilité
Non
Oui
(4)
Oui (Mais non mathématique)
Non
Oui
Ergodicité
Non
Non (8)
Oui
Non
Oui
Régulation
Non
Oui
(8)
Oui
Oui ?
Oui
Équifinalité
Oui et Non (5)
Non
Oui
Non
Oui
Organisation
Aristote
Leibniz
Structuralisme
Matérialisme Dialectique
Systémique
Structure
Oui (6)
Oui (7)
Oui
Oui
Oui
Niveaux-Strates
Oui (9)
Non ?
Oui
Oui
Oui
    Niveaux Ordonnés
Oui
Non ?
Oui
Oui
Oui
    Niveaux Hiérarchiques
Oui
Non
Oui
Oui
Oui
Variété
Oui (10)
Non
Oui
Non
Oui
Propriétés
Aristote
Leibniz
Structuralisme
Matérialisme Dialectique
Systémique
Émergence
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Intentionnalité/
Finalité
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Auto-Organisation (11)
Oui
Non
Oui
Oui
Oui
Référentiel
Aristote
Leibniz
Structuralisme
Matérialisme Dialectique
Systémique
Absolu (12)
Non
Oui
Non
Oui
Non
Relatif
Oui
Non
Oui
Non
Oui
Remarques :
  • pour Platon et Descartes, ce tableau a “ non ” partout.
  • pour F. Hayek, ce tableau a "oui" partout, sauf pour Référentiel absolu. 
Notes : (1) Organisation versus structure : Aristote n’a bien sûr jamais parlé d’organisation ou de structure, a fortiori en grec ancien. Par contre la forme aristotélicienne rappelle en de nombreux points la structure des structuralistes et de la Systémique. Elle n’est pas faite de matière puisque qu’elle s’applique à celle-ci, tout comme la structure. Elle est stable, comme elle, et forme avec la matière un composé indissociable dont le résultat est l’être même. Ici c’est la Systémique qui s’en rapproche le plus, plutôt que le structuralisme. Comme il est indiqué dans le chapitre sur la Systémique, le concept de système ne correspond pas à la structure qui en est plutôt l’un des composants. C’est bien le cas de la forme d’Aristote (en tant que concept de base) qui n’est pas une simple structure mais correspond bien plutôt aux concepts de structure + organisation et du réseau d’inter-relations qu’on y trouve.
(2) Environnement : Aristote avait bel et bien intégré le concept d’environnement car il avait bien vu qu’un être n’est pas isolé mais évolue dans un monde, lui-même peuplé d’autres êtres, ayant leurs propres forme/matière/substance. Il avait d’ailleurs développé la hiérarchisation des êtres, de même que la systémique a introduit la hiérarchisation des niveaux de systèmes.
(3)Formalisation/modèles : Le structuralisme utilise intensivement la formalisation et les modèles, cependant il n’utilise pas de modèles mathématiques alors que la Systémique n’hésite pas à y avoir recours massivement.
(4) Domaine de stabilité : Leibniz a mis l’accent par ses monades sur leur aspect fermé, (les “ volets clos ”) ce qui était pour lui le moyen d’éliminer la question de la réponse à l’environnement potentiellement déstabilisateur. Les monades sont ainsi naturellement stables puisque jamais perturbées. Mais ce que n’avait pas vu Leibniz, c’est qu’un système fermé est soumis à la deuxième loi de la thermodynamique et voit son entropie augmenter continûment vers un état tellement stable qu'il doit être qualifié de mort du système, loin de l’équilibre dynamique ponctué de la Systémique..
(5) Équifinalité : C’est l’un des plus grands débats et l’un des plus grandes différences entre Aristote et le structuralisme ou la Systémique. Aristote utilisait couramment l’idée de finalité des être, dans un sens qui a peut-être été mal interprété par ses successeurs, y compris ses plus fervents partisans. En effet ceux-ci étaient imprégnés de l’idée de Dieu (Saint-Thomas d’Aquin) et ont pris ce concept de la manière qui leur convenait le plus directement, c’est-à-dire la finalité au sens direct et brut du terme. Il n’est pas évident qu’Aristote ne l’ait pas utilisé plus subtilement, comme beaucoup d’autres concepts, que le temps, la différence de langue et de culture, nous rendent difficile à appréhender. Pour Hayek, on retrouve la Catallaxie, voir la note (8).
(6) Caractéristique organisation/structure : Aristote a utilisé la forme en concept de base de sa philosophie. Par contre l’utilisation qu’il en fait montre bien, comme dit dans la note (1) que, pour lui, un être présente des caractéristiques d’organisation et structure.
(7) Caractéristique organisation/structure : Leibniz a clairement décrit et a même insisté contre Descartes sur l’aspect organisé et structuré des agrégats de Monades. Pour lui, ces agrégats ne sont pas de simples tas –voir l’image du tas de sable plus haut-, car les Monades ne s’agrègent pas du simple fait du hasard, mais selon certaines affinités. Cependant Leibniz ne va pas plus loin dans sa cette description…
(8) Ergodicité et Régulation : Les monades de Leibniz ne sont pas en effet structurées (car atomique au sens de Démocrite), elles sont figées, ne peuvent évoluer, répondre aux changements de leur environnement tout en revenant à leur configuration, leur état initial. En effet, Leibniz n’a pas vu le concept de boucle rétroactive, de régulation, et donc d’ergodicité. C’est pourquoi leurs volets doivent être clos, incapable de supporter le moindre changement comme un château fort assiégé dont les occupants sont condamnés à mourir. Pour Hayek, c'est le concept de Catallaxie où le marché va spontanément arriver sur un certain état d'équilibre dynamique (voir "Équifinalité" également) via la poursuite des fins et objectifs individuels de chaque acteur du marché, au sein des échanges de biens et de services entre ces acteurs conformément à des règles juridiques communes concernant la propriété, les dommages et les contrats (état de droit).
(9) Niveaux - Strates : ce point a particulièrement été analysé par Aristote, qui a décrit des « niveaux » d’êtres possibles jusqu’au « moteur premier » ou « principe premier ». Ce point particulier a été longuement développé par Thomas d’Aquin comme preuve d’existence d’un Dieu unique. Par contre, il semble que Leibniz n’ait pas vu ces niveaux ou strates, envisageant seulement les Monades comme unités élémentaires (atomes) et elles seules.
(10) Variété : si Aristote n’a pas traité de la variété en tant que telle, il a par contre parfaitement analysé le fait qu’un être puisse prendre différents états “ sans cesser d’être lui-même ” dans une plage d’états possibles qui sont propres à son être même. C’est somme toues une assez bonne définition de la variété sans faire appel aux mathématiques. Pour Hayek, bien qu'il n'est jamais employé ce terme, la Variété requise est un concept central. Grâce à la parfaite compréhension de celui-ci, il insiste pour mettre en garde sur toute tentative d'intervenir de la part d'un état central sur l'économie, sa capacité de traitement des informations requise étant très inférieure à la Variété de l'économie. Par delà, il insiste donc tout naturellement sur la prudence et la modestie qui doit en découler de la part des élus, concepts hautement systémiques !
(11) Auto-organisation : Il n’est pas certain qu’Aristote ait réellement perçu les capacités d’auto-organisation des êtres. Il a plutôt semblé raisonner par un apport externe de cette capacité par un principe divin –sans tomber dans l’erreur de l’âme qui descend du monde des Idées de Platon- qui se déclinait ensuite selon la hiérarchie des êtres. Ce principe formant et informant la matière n’était pas autre chose que la Forme. L’éco-auto-ré-organisation d'E.Morin est par contre clairement dans le champ de la Systémique et du Constructivisme épistémologique. Pour Hayek, l'auto-organisation est un concept clé, les individus étant les mieux à même de savoir ce qu'ils souhaitent faire, mieux qu'un état central. On retrouve la « main invisible des marchés » de J. Smith, tant décriée et déformée, qui consiste simplement à constater que les acteurs d'un marché s'auto-organisent sans attendre qu'un pouvoir central le leur disent.
(12) Référentiel Absolu/Relatif : Aristote insistait en permanence sur l’équilibre délicat à respecter entre matière et forme, de manière à ne jamais tomber dans la priorité à la matière (matérialisme) ou la priorité à la Forme (platonisme/idéalisme), qui ne sont que les deux facettes de la même erreur, de la même philosophie, objet de cet essai. Dans sa sentence « chaque ordre inférieur est pour l’ordre supérieur une matière à laquelle celle-ci donne une forme » dans Métaphysiques, et comme on l’a vu pour la question des niveaux, Aristote avait parfaitement intégré les aspects muli-niveaux imbriqués, ainsi que les causes accidentelles versus substantielle, exigeant de basculer dans un référentiel relatif de pensée opposé à Platon et ses Idées Immuables, les Formes d’Aristote ne l’étant pas d’ailleurs. Pour Hayek, de même face à la complexité d'une économie, on perds tout référentiel unique et absolu, cher aux planistes scientistes, chaque acteur agissant en fonction des signaux qu'il reçoit (les prix par exemple) mais apprenant et anticipant également. Ce qui rends imprévisible toute prévision.

SUITE du Blog : Les anciennes lignes de fractures doivent être reconsidérées (1)


Benjamin de Mesnard

samedi 17 janvier 2009

III) Théories alliées à la Systémique (Popper)

III-2-8) Karl Popper l'épistémologue

K. Popper a tenté de mettre sur pied une méthode pertinente dans le but de tester les théories afin de savoir si elles sont scientifiques ou non. K. Popper -en s’appuyant sur David Hume- a voulu montrer quels étaient les critères définissant la science de la non-science, ces critères sont qualifiés de critères de démarcation. En cela, il s’est opposé au Cercle de Vienne (Schlick, Carnap, Hahn, Neurath, etc…) et à leurs théories connues sous le nom de Positivisme Logique.
Le Positivisme Logique est un Positivisme corrigé de ses excès, car devenu idéologique voir mystique avec A. Comte. Le Positivisme Logique est résolument réductionniste et vérificationniste. Il est réductionniste car –comme le Positivisme- il est analytique et cartésien. Il est vérificationniste car il affirme comme critère de démarcation entre science et non-science que l’on doit pouvoir vérifier, c'est-à-dire reproduire à tout moment, une expérience pour vérifier que l’on obtient bien à nouveau sous les mêmes conditions, les mêmes résultats. On peut alors en déduire qu’une loi scientifique existe, que la Théorie est Vraie (avec un « V» majuscule). On retrouve ici le concept de « Présomption Fatale » chère à F. Hayek : la certitude de l'atteinte de la Vérité en science, présomption fatale qui se retrouve dans la société avec les historicistes Hégéliens ou Marxistes par exemple et autres Constructivistes Sociaux qui croient savoir reconstruire la société à zéro à partir de leurs Idées décrétés comme Vraies. K. Popper y revient, voir (III-2-15). Ainsi sur la certitude que les connaissances scientifiques aboutissent à la Vérité grâce au matérialisme scientifique, on peut donner ce mémoire signé Staline citant Lénine : « Lénine accuse de fidéisme Bogdanov, Bazarov, Iouchkévitch et les autres partisans de Mach ; il défend la thèse matérialiste bien connue d'après laquelle nos connaissances scientifiques sur les lois de la nature sont valables, et les lois scientifiques sont des vérités objectives ; il dit à ce sujet : « Le fidéisme contemporain ne répudie nullement la science ; il n'en répudie que les "prétentions excessives", à savoir la prétention de découvrir la vérité objective. S'il existe une vérité objective (comme le pensent les matérialistes), si les sciences de la nature, reflétant le monde extérieur dans l'"expérience" humaine, sont seules capables de nous donner la vérité objective, tout fidéisme doit être absolument rejeté. » (Matérialisme et empiriocriticisme, t. XIII, p.102.) ». [STALINE, J.V., Matérialisme dialectique et Matérialisme historique, p 8, 1938]. Bizarrement d’ailleurs Lénine et Staline assimilent d’une manière incompréhensibles le refus de croire que les sciences donnent des théories Vraies au fidéisme, c’est à dire à la Foi religieuse, elle qui bien au contraire prétend détenir la Vérité par la Foi et les saintes écritures… tout comme le marxisme ! 
Pour K. Popper, ce critère vérificationniste trouve ses limites dans l’impossibilité –au contraire- d’affirmer qu’une théorie est vraie, même après un très grand nombre d’expériences répétées confirmant le résultat attendu. Rien ne dit en effet que le Nième test ne vas donner un résultat en contradiction avec une autre prédiction issue de la théorie, qui se trouve donc alors réfutée. Il faut aussi combattre le syndrome de l' explication "ad-hoc" donnée après coup pour expliquer pourquoi lors de ce dernier test la théorie a échouée.  Il faut donc trouver un autre critère que celui des vérificationnistes pour qui il suffit d'avoir un grand nombre de tests, d'expériences confirmant une théorie pour la déclarer "vraie"... et cesser les tests, les expériences. Certains pourront aller jusqu'à délibérément ignorer, passer sous silence, les tests ayant démontré que la théorie est fausse : c'est ce que font graphologie, astrologie, ou les utopies (Nazisme, Marxisme...) etc... mais aussi régulièrement des scientifiques refusant une remise en cause par trop profonde de leur paradigme et du travail de toute une vie … En fait, pour K. Popper, une théorie est scientifique lorsqu’elle revendique un statut universel ET se donne les moyens d’être démontrée fausse si jamais il s’avère qu’elle l’est : 
 
une théorie scientifique doit donc être intrinsèquement réfutable. 
 
A l’inverse, on ne peut jamais démontrer qu’une théorie scientifique est vraie. Ainsi une théorie scientifique offrira d’emblée les moyens de la tester, de la soumettre à un certain nombre de tests expérimentaux, afin de démontrer qu’elle est fausse (si elle l’est) : c’est le concept traduit à tort en français de « falsification de la théorie », et qu’il est plus propre de traduire par « réfutabilité de la théorie ». Car il s'agit bien ici, non pas de produire un faux document (falsification), mais de réfuter une théorie. Karl Popper insiste sur le fait que ce n’est pas parce qu’une théorie a passé avec succès cent tests de réfutations qu’elle pourra être considérée comme vraie, ce que le grand public a souvent tendance à croire. Une théorie pourra aussi être considérée à tort comme vraie parce qu’elle a passé avec succès un certain nombre (voire un grand nombre) de tests expérimentaux effectués avec une certaine précision due aux outils de mesure de l’époque. Mais elle pourra être mise ensuite en défaut par le même test effectué ultérieurement avec des instruments plus précis, ou bien en tombant sur un cas de figure différent. Par exemple la théorie de la gravitation de Newton était considérée comme « vraie » avec la précision des instruments de mesure de la fin du XVIII° siècle. Elle s’est révélée fausse dans l’absolu, avec la précision plus élevée des instruments du XX° siècle, lorsque les effets relativistes de la théorie d’Einstein ont pu être mis en évidence. Il est maintenant admis -par seule commodité- de dire que la théorie de Newton est « vraie avec X % de marge d’erreur, ou d’approximation », mais cette approche doit être absolument rejetée.
Attention, cette notion de « vérité d’une théorie » a été approfondi par ailleurs, notamment par le Constructivisme épistémologique, et il n’est pas question ici de soutenir qu’Einstein est simplement plus exact que Newton, car on a bien assisté avec la Théorie de la Relativité à l’apparition d’un nouveau paradigme –au sens de Th. Kuhn- scientifique et épistémologique par rapport à la théorie de Newton. On rejoint ici le concept de théorie d’Einstein plus « forte » (au sens de Gödel) que la théorie de Newton. En effet la théorie de Newton peut être définie comme un sous-ensemble de la théorie d’Einstein, pour ne pas dire un sous-système. Une fois de plus, cela n’enlève rien au fait que la Théorie de la Relativité d’Einstein fait appel à des concepts et des outils mathématiques qui n’existent pas chez Newton, d'une part et que -surtout- la théorie de Newton a été réfutée définitivement entre autres avec la mesure de la trajectoire de la planète Mercure.
Dans une deuxième étape, Karl Popper est allé plus loin en contrant à nouveau les thèses du Cercle de Vienne munis de ses critères de démarcation, en montrant que la genèse (l’induction) des théories scientifique ne présentait aucun intérêt d’étude. Ce qui était important était ce régime de création/tests/réfutation/modification de la théorie (ou création d’une nouvelle théorie) /tests… à nouveau. Pour cela encore faut-il que l'environnement du chercheur, la société dans laquelle il vit, autorise l'apparition d'idée puis de théories nouvelles, remarque qui amènera K. Popper à « La Société Ouverte et ses Ennemis » T1 et 2 vu en (III-2-15)... Il a montré, que ces vagues successives de théorie plus ou moins en ruptures les unes avec les autres dans le temps, constituaient autant de paradigmes (mis en exergue par Th. Kuhn) qui se succédaient. Cette mise en lumière de la vraie genèse des théories scientifiques est due à cette boucle de rétroaction entre l’apparition aléatoire des idées à l’origine des théories -la fameuse pomme de Newton !- et cette possibilité de les tester et d’en démontrer ou non leur fausseté (les réfuter). On perçoit bien l’analogie complète entre cette sélection artificielle -parce que faite par les hommes- et la sélection naturelle des espèces vivantes chez Darwin. Cette sélection artificielle n'est autre que la « BVSR » : blind variation and selective retention, c'est à dire variations aveugles puis rétention sélective explicitée en (III-2-6), où l'induction joue le rôle des mutations, et les tests/expérimentations scientifiques pour tenter de réfuter la théorie, joue celui de la sélection naturelle. On voit immédiatement aussi l’esprit -involontairement- systémique de cette « théorie de l’évolution des espèces des théories scientifiques ». Ceci explique la capacité à survivre à très long terme des « théories » non-scientifiques : astrologie, graphologie, religions, idéologies, homéopathie, etc.… car elles ne sont pas soumises à cette véritable pression de sélection naturelle par l'environnement scientifique comme le sont les théories réellement scientifiques.
Enfin, K. Popper a apporté une dernière amélioration à ses théories en admettant qu’une théorie pouvait être plus ou moins corroborée. Ceci est une tentative de réponse aux critiques qui soulignaient le fait que certaines théories pourtant authentiquement scientifiques ne pourraient jamais être réfutées. En effet, toute théorie reposant sur une affirmation d’existence positive, comme par exemple : « il peut exister des cas de transmission de grippe aviaire à l’homme » ne pourra jamais être réfutée, car si ce cas ne s’est jamais produit, rien ne nous dit qu’il ne produira pas demain. Auquel cas la théorie serait bel et bien vérifiée bien que non réfutable. C’est en quelque sorte l’inverse des théories reposant sur une généralisation (par induction) comme l’exemple connu « Tous les corbeau sont noirs » où il suffit de trouver un cas et un seul de corbeau d’une autre couleur pour réfuter la théorie au sens de Popper. En résumé, Popper s’applique aux théories reposant sur une proposition de type « Tous … », ou « Quelque soit … ». Mais ne s’applique pas à « Il existe au moins un cas de… ». On est donc dans le cas inverse des théories de type « Tous...» : elles ne peuvent être réfutées.... bien que possiblement vérifiables !

Tableau synoptique corroborations/réfutations possibles :

Type de théorie
Réfutation
Corroboration
« Quelque soit le cas… »
ou « Tous les… »
Possible :
Trouver un seul cas contraire.
Mais encore faut-il que les tests soient possibles en pratique (sociologie…), même s’ils sont possibles en théorie (un protocole de test est imaginable mais non réalisable en pratique).
Possible (statistique) :
Vérifier N cas confirmant la proposition (position de départ du Cercle de Vienne : le vérificationnisme). Mais rien ne dit qu’elle ne sera pas réfutée demain par un cas unique contraire.
« Il existe un cas… »
ou
« Il peut exister un cas… »
Impossible :
Vérifier N cas où la non-existence est confirmée ne réfute pas la proposition car le cas contraire confirmant le « il existe …» peut arriver demain.
Possible (absolu) :
Il suffit de trouver un cas confirmant ce « il existe… ». Mais encore faut-il que les tests soient possibles en pratique (sociologie…), même s’ils sont possibles en théorie (un protocole de test est imaginable mais non réalisable en pratique).

K. Popper rejoint la Systémique par ses critères de démarcations basés sur la réfutabilité des théories (les modèles et les simulations qui en sont tirées pour la Systémique) et sa lutte contre le Positivisme « classique » d’A. Comte et le Positivisme Logique du Cercle de Vienne.
 
 
Remarque importante : Concernant la Systémique, il faut assimiler aux théories scientifiques les modèles et leurs simulations (lorsque on fait "tourner" le modèle) : un modèle construit par un chercheur est scientifique s'il est réfutable lors d'une simulation. Si l’une de ces simulations montre un comportement présentant un écart « trop » important par rapport au comportement de l’objet réel, ce modèle devra être abandonné ou au minimum modifié. Le « trop » est ici à définir en fonction des instruments de mesures disponibles, du projet du modèle (naturellement) et de la découpe/simplification (est-elle pertinente ?) de l’objet étudié dans le réel. Ainsi une théorie scientifique n’est pas autre chose qu’un modèle, et inversement un modèle - au sens de la Systémique (voir II-3-7) - est une théorie scientifique : «  …le modèle n’est pas tant une abstraction de la réalité qu’une réalité parallèle. Le monde du modèle n’est pas construit en partant du monde réel et par soustraction des facteurs qui le rendent complexe ; bien que le monde du modèle soit plus simple que le monde réel, il n’en est pas une simplification » (Sugden, 2000).
Dans cette approche l’astrologie reste effectivement classée comme non scientifique, par contre l’économie, la psychologie ou la sociologie rejetées par le positivisme pourraient être acceptée (?) comme scientifiques. 
 
Encore faut-il dans ces domaines « mous » ne pas tomber dans l’inversion du modèle popérien : devant l’hyper complexité du réel, il est en effet tentant de construire un modèle basé sur un seul et unique paramètre via une « découpe/simplification » violente sans se poser de question sur sa validité, et donc en oubliant la phronésis/prudence d’Aristote et J.B. Vico. Après avoir fait « tourner » ce modèle hyper simplifié de la réalité (et donc facile à programmer), on en tire de grandes conclusions sur… la réalité censée se mettre en conformité avec ce modèle. Or c’est l’inverse qui doit être fait : dans la comparaison des résultats des simulations tirées du modèle avec le monde réel, c’est le modèle qui doit alors se mettre en conformité avec le monde réel et non l’inverse ! 
Le Constructivisme épistémologique parle en effet aujourd’hui de la viabilité ou non des modèles, concept fort proche de celui de la vérification des théories du Positivisme avant K .Popper. Ce qu’il faudrait évoquer serait plutôt un concept de modèle réfutable « viable sous réserve jusqu’à preuve du contraire », en étant conscient que, de toutes façon, le modèle ne corresponds jamais à la réalité mais peut seulement la simuler plus ou moins fidèlement car « la carte n’est pas le territoire » (A. Korzybsky). L’intérêt de cette approche est de lever le problème des théories « il existe » décrit plus haut. En effet un modèle peut permettre un grand nombre de simulations –c’est d’ailleurs l’un des principaux intérêts de l’approche systémique notamment dans le but d’approfondir sa compréhension de l’objet étudié- il devient donc plus facile de « déclencher » le scénario où le cas du « il existe » se produit pour alors confirmer le modèle. En effet la plupart des modèles sont virtuels et réalisés sur ordinateurs, et non physiquement, sur maquette, ou autres moyens non virtuels, ce qui autorise un nombre de simulations très élevées en un délai très court. On opère alors en symétrique entre les deux types de modèles : le « quelque soit » qui travaille en réfutation possible du modèle dès que la simulation s’écarte « trop » de la réalité et contredit ce « quelque soit » ; et le « il existe » qui travaille en vérification possible du modèle dès que la simulation déclenche le comportement, c’est à dire trouve le cas prévu par le « il existe ».

Schéma de la boucle rétroactive Systémique dans la démarche scientifique :


SUITE du Blog : Théories alliées à la Systémique (Darwin vs Popper)

Benjamin de Mesnard