La dialectique d’Hegel, puis la dialectique matérialiste d’Engels et de Marx s’opposent à la Logique Formelle « mono » point de vue. La Logique Formelle ne s’intéresse pas au contenu subjectif d’un énoncé mais à son contenu formel. Son but est de faire logiquement découler un énoncé d’un autre énoncé objectivement et sans ambiguïté possible. Pour cela chaque énoncé doit être défini « formellement », c'est-à-dire dans un langage dénué de tout contenu subjectif. Sa première apparition vient d’Aristote avec les syllogismes, voir (III-2-1). Cette approche est propre aux mathématiques en général, dans le but de parvenir finalement à ramener tout raisonnement, à une tautologie : A=A.
La dialectique s’attache à dissocier le A « d’avant le signe = » du A « d’après le signe = » de manière à éclairer les oppositions, points de vues de chacun, pour mieux en faire le tour et ainsi mettre en exergue l’ensemble des qualités et du (ou des) sens de la tautologie. Sans cette analyse dialectique, souvent réalisée après coup, après la découverte de cette loi ou théorème, la valeur de celui-ci se retrouve souvent oubliée, dévalorisée, vidée car pris comme trop évidente, tautologique. Le mérite de l’approche dialectique se retrouve ici. Cette approche est aujourd’hui décriée voire méprisée ou combattue comme dangereuse en souvenir douloureux et justifié du matérialisme dialectique et ses dégâts notamment sous Staline avec –entre autres- Lyssenko et la « science » matérialiste. Cette dialectique, si tant est qu’il soit possible de l’utiliser sans tomber à nouveau dans la dialectique matérialiste, peut être d’une utilisation pratique intéressante et éclairante. Cependant nous la rangerons sous la rubrique des épistémologies opposées à la Systémique, pour la même raison que pour Descartes, on bien encore de la même manière que la physique qui catalogue Newton comme « opposé » à Einstein. En effet il apparaît que la Systémique, comme décrit en (II-3-6-b) et plusieurs fois dans cet essai, s’attache à prendre :
La dialectique s’attache à dissocier le A « d’avant le signe = » du A « d’après le signe = » de manière à éclairer les oppositions, points de vues de chacun, pour mieux en faire le tour et ainsi mettre en exergue l’ensemble des qualités et du (ou des) sens de la tautologie. Sans cette analyse dialectique, souvent réalisée après coup, après la découverte de cette loi ou théorème, la valeur de celui-ci se retrouve souvent oubliée, dévalorisée, vidée car pris comme trop évidente, tautologique. Le mérite de l’approche dialectique se retrouve ici. Cette approche est aujourd’hui décriée voire méprisée ou combattue comme dangereuse en souvenir douloureux et justifié du matérialisme dialectique et ses dégâts notamment sous Staline avec –entre autres- Lyssenko et la « science » matérialiste. Cette dialectique, si tant est qu’il soit possible de l’utiliser sans tomber à nouveau dans la dialectique matérialiste, peut être d’une utilisation pratique intéressante et éclairante. Cependant nous la rangerons sous la rubrique des épistémologies opposées à la Systémique, pour la même raison que pour Descartes, on bien encore de la même manière que la physique qui catalogue Newton comme « opposé » à Einstein. En effet il apparaît que la Systémique, comme décrit en (II-3-6-b) et plusieurs fois dans cet essai, s’attache à prendre :
- de multiples points de vue, de multiples dimensions ou angles d’attaques d’une question, ou bien même de découpes différentes dans le réel, de l’objet étudié. Cette approche multiple toute pascalienne s’opère dans le cadre de constructions progressives, déconstructions (voir Derrida), multiples du système étudié, au cours d’un cheminement constructiviste.
- en compte des transformations progressives via des boucles de rétroactions non-linéaires mais pouvant déclencher des changements d’équilibres ponctués, voire même des évolutions structurelles. Elle travaillera sur l’étude d’équilibres ponctués homéostatiques, ici encore, multiples. La dialectique, elle, ne prends en compte que des oppositions binaires : être et néant, avant et après l’émergence, vie et mort, contingence et nécessité, cause et effet, identité et différence, thèse et antithèse sur un point de vue unique aboutissant nécessairement à une synthèse unique, globale et se voulant explicative.
La Systémique utilisera autant d’approches et oppositions qu’il le faudra dans le cadre d’un système complexe non linéaire en équilibre dynamique ponctué. Ainsi, nous sommes loin du système clos de catégories prédéterminées d’Hegel, révélateur en passant du caractère idéaliste de la dialectique d’Hegel : catégories immuables et incorruptibles comme les Idées platoniciennes en recherche du point fixe cartésien. Ceci explique d’ailleurs la facilité avec laquelle Engels et Marx ont pu récupérer et développer la dialectique matérialiste en partant de la dialectique d’Hegel, et démontre une nouvelle fois la proximité qu’il y a entre matérialisme et idéalisme, comme deux opposés qui se rejoignent, en vraie fracture avec la Systémique et Aristote. Ainsi il apparaît la véritable opposition de la dialectique avec la Systémique : ni matérialiste ni idéaliste, ni pour ni contre, ni être ni néant, mais opérant par de multiples approches, de multiples dimensions. La Systémique opère donc par une double approche à chaque fois multiple comme décrit en (II-3-6-b) et plus haut. En effet comment accepter la cause et l'effet comme catégories dialectiques (opposition avant/après la cause) lorsque l’on a pris conscience du multiple jeu des boucles de rétroactions existantes à étudier sous chacun de leurs angles : temporel (effet retard ou non), flux de matière, flux d’énergies, flux d’informations… ? Comment accepter la nécessité et contingence comme catégorie alors que l’on connaît le caractère relatif de ces concepts, dans les boucles inter ou rétro-actives non linéaires ou quelque chose pourra être tout à la fois nécessaire et contingent ? Comment accepter –une fois de plus- une approche de type binaire (la « di-alectique » ?) cartésienne, réductrice et positiviste lorsque l’on voit la complexité des systèmes non linéaire, ou A doit être opposé à B dans une tautologie unique et appauvrissante du A=B ? Cette réflexion sur l’aspect doublement multiple de l’approche Systémique en opposition à celle simplement unique et faite d’opposition binaire de la dialectique sera développée en (IV-14).
Pour revenir à la Dialectique, il apparaît qu’elle est utilisée sous trois modes différents malheureusement confondus entre eux :
a) Le mode méthodologique (outil de pensée) :
Le mode méthodologique consiste a prendre un objet/ être/ système étudié en l’analysant directement, en tant que tel (thèse), puis de faire l’hypothèse de son contraire/ opposé/ antinomie ou encore de sa non-existence « pour voir » ce qui se produirait dans ce cas (antithèse) et enfin d’en tirer les conclusions qui s’imposent (synthèse). Cet outil de pensée venu d’Hegel ne pose pas trop de problème particulier s’il est utilisé en tant qu’outil et seulement en tant que tel, sans idéologie, avec prudence, comme le recommandent Aristote et J.B. Vico, et sans en faire un absolu, voir une nouvelle logique ou pire une science. De même qu’il est possible d’utiliser la réduction si l’on n’est pas réductionniste : cet outil est utilisable si –paradoxalement- son utilisateur n’est pas un matérialiste dialectique. Cependant on peut s’interroger en passant sur ce que l’on entend exactement par antithèse lorsqu’il s’agit par exemple d’un être humain, d’un ordinateur, d’une fleur ou tout autre objet/ être/ système… vaste débat !
On est au cœur ici du point soulevé par Mario Bunge dans « Matérialisme Scientifique » [BUNGE, Mario, 2008] : la dialectique prétend s'appliquer aussi bien aux objet réels qu'aux idées qui pour lui mais à juste titre ne sont que des concepts, c'est à dire des propriétés d'objets réels. Autant il est possible d'imaginer l'opposer d'un concept (vide vs plein, ouvert vs fermé,...) bien cela soit contestable car tout n'est pas binaire (un verre peut être à moitié plein...), autant il est impossible d'imaginer l'opposé de clé, de vache ou de barre de fer...
b) Le mode logique :
Le mode logique consiste à ériger la Dialectique en une nouvelle sorte de logique, opposé à la Logique Formelle. On prend alors l’item logique (A), on l’affirme, puis on le nie par (-A) puis on opère la synthèse, « l’union des contraires » d’Engels, en concluant par [(A) ou (-A)]. (A) peut être ici n’importe quel affirmation, chose ou sujet, prédicat dirait la Logique Formelle : « la porte est ouverte », « telle fréquence lumineuse est perçue comme une couleur bleue », « il pleut », « l’astrologie est une science », etc… Les détracteurs de la Dialectique n’ont pas manqué d’observer que cette logique n’est pas réfutable puisque la conclusion [(A) ou (-A)] est toujours vraie. C’est en somme Aristote à l’envers puisque celui-ci prenait bien l’exemple de la porte nécessairement ouverte ou fermée, mais pour expliquer la logique du « tiers exclu » : la porte ne peut pas être à la fois fermée et ouverte, elle est soit l’un soit l’autre. C’est bien le reproche souvent fait à la Dialectique : dire que l’on a à la fois (A) et (-A), c’est d’une part ignorer le tiers exclu ; mais c’est aussi, plus grave encore, s’autoriser à conclure n’importe quoi car [(A) ou (-A)] est toujours vrai, à partir de n’importe quel prédicat (A) vrai ou non. Or en Logique Formelle si de [(A) = Vrai] il est possible de conclure quelque chose, de [(A) = Faux], par définition, on ne peut rien conclure…
c) Le mode d’opposition des contraires prés identifiés :
L’opposition des contraires factuels déjà identifiés, consiste à prendre deux états (par exemple) d’une machine/ être/ système dont on a constaté l’opposition de fait : états d’une être vivant : vivant versus mort, états d’un morceau de bois : sec versus mouillé, etc… pour analyser chacun d’entre eux –démarche légitime-, analyser comment et de quelle manière ils sont en contradiction et en opposition. On en tire alors une conclusion qui n’est pas la tautologie stérile n’apportant strictement aucune information « un être vivant doit, certes, être vivant ou bien mort » un peu à la manière d’un M. Jourdain de Molière, mais qui est plutôt une mise en exergue, un éclairage, de cette opposition, comme un Leibniz faisant le tour complet d’une ville pour la voir des deux côtés opposés avant d’y rentrer.
Ces trois modes si souvent confondus étant précisés, il devient alors possible de clarifier le positionnent de la Dialectique par rapport à la Systémique :
Pour revenir à la Dialectique, il apparaît qu’elle est utilisée sous trois modes différents malheureusement confondus entre eux :
a) Le mode méthodologique (outil de pensée) :
Le mode méthodologique consiste a prendre un objet/ être/ système étudié en l’analysant directement, en tant que tel (thèse), puis de faire l’hypothèse de son contraire/ opposé/ antinomie ou encore de sa non-existence « pour voir » ce qui se produirait dans ce cas (antithèse) et enfin d’en tirer les conclusions qui s’imposent (synthèse). Cet outil de pensée venu d’Hegel ne pose pas trop de problème particulier s’il est utilisé en tant qu’outil et seulement en tant que tel, sans idéologie, avec prudence, comme le recommandent Aristote et J.B. Vico, et sans en faire un absolu, voir une nouvelle logique ou pire une science. De même qu’il est possible d’utiliser la réduction si l’on n’est pas réductionniste : cet outil est utilisable si –paradoxalement- son utilisateur n’est pas un matérialiste dialectique. Cependant on peut s’interroger en passant sur ce que l’on entend exactement par antithèse lorsqu’il s’agit par exemple d’un être humain, d’un ordinateur, d’une fleur ou tout autre objet/ être/ système… vaste débat !
On est au cœur ici du point soulevé par Mario Bunge dans « Matérialisme Scientifique » [BUNGE, Mario, 2008] : la dialectique prétend s'appliquer aussi bien aux objet réels qu'aux idées qui pour lui mais à juste titre ne sont que des concepts, c'est à dire des propriétés d'objets réels. Autant il est possible d'imaginer l'opposer d'un concept (vide vs plein, ouvert vs fermé,...) bien cela soit contestable car tout n'est pas binaire (un verre peut être à moitié plein...), autant il est impossible d'imaginer l'opposé de clé, de vache ou de barre de fer...
b) Le mode logique :
Le mode logique consiste à ériger la Dialectique en une nouvelle sorte de logique, opposé à la Logique Formelle. On prend alors l’item logique (A), on l’affirme, puis on le nie par (-A) puis on opère la synthèse, « l’union des contraires » d’Engels, en concluant par [(A) ou (-A)]. (A) peut être ici n’importe quel affirmation, chose ou sujet, prédicat dirait la Logique Formelle : « la porte est ouverte », « telle fréquence lumineuse est perçue comme une couleur bleue », « il pleut », « l’astrologie est une science », etc… Les détracteurs de la Dialectique n’ont pas manqué d’observer que cette logique n’est pas réfutable puisque la conclusion [(A) ou (-A)] est toujours vraie. C’est en somme Aristote à l’envers puisque celui-ci prenait bien l’exemple de la porte nécessairement ouverte ou fermée, mais pour expliquer la logique du « tiers exclu » : la porte ne peut pas être à la fois fermée et ouverte, elle est soit l’un soit l’autre. C’est bien le reproche souvent fait à la Dialectique : dire que l’on a à la fois (A) et (-A), c’est d’une part ignorer le tiers exclu ; mais c’est aussi, plus grave encore, s’autoriser à conclure n’importe quoi car [(A) ou (-A)] est toujours vrai, à partir de n’importe quel prédicat (A) vrai ou non. Or en Logique Formelle si de [(A) = Vrai] il est possible de conclure quelque chose, de [(A) = Faux], par définition, on ne peut rien conclure…
c) Le mode d’opposition des contraires prés identifiés :
L’opposition des contraires factuels déjà identifiés, consiste à prendre deux états (par exemple) d’une machine/ être/ système dont on a constaté l’opposition de fait : états d’une être vivant : vivant versus mort, états d’un morceau de bois : sec versus mouillé, etc… pour analyser chacun d’entre eux –démarche légitime-, analyser comment et de quelle manière ils sont en contradiction et en opposition. On en tire alors une conclusion qui n’est pas la tautologie stérile n’apportant strictement aucune information « un être vivant doit, certes, être vivant ou bien mort » un peu à la manière d’un M. Jourdain de Molière, mais qui est plutôt une mise en exergue, un éclairage, de cette opposition, comme un Leibniz faisant le tour complet d’une ville pour la voir des deux côtés opposés avant d’y rentrer.
Ces trois modes si souvent confondus étant précisés, il devient alors possible de clarifier le positionnent de la Dialectique par rapport à la Systémique :
- Le mode méthodologique, peut ne pas être opposé à la Systémique s’il est utilisé par un… non dialecticien. Tout comme une certaine réduction du réel, le découpage conscient d’un sous-système dans ce que l’on croit être le réel, peut être utilisé par un non cartésien, c'est-à-dire un chercheur qui ne l’utilisera qu’en tant qu’outil limité et à risques ; ce mode dialectique pourra être utilisé à certaines phases de l’étude, et à certaines phases seulement.
- Le mode logique par contre est clairement anti-systémique, nous pourrions plus exactement dire : erroné. Résolument contraire à la Logique Formelle –qui, elle, est compatible avec la systémique-, elle permet tous les abus, toutes les dérives de types Lyssenko, ou autres « sciences matérialistes » du communisme. C’est pour cette raison, qu’il convient de ranger le matérialisme dialectique clairement du coté des philosophies opposées à la Systémique, contrairement à la volonté affichée de certains des tenants de ce matérialisme dialectique –comme L. Sève dans « Émergence, Complexité et Dialectique »- en voulant la récupérer à leur profit. En effet la Dialectique est le plus souvent comprise sous le mode logique par ses défenseurs autant que par ses détracteurs.
- Le mode d’opposition des contraires prés identifiés pourra de même être utilisé par un non dialecticien, dans le seul but de faire le tour leibnizien d’une opposition, par exemple un changement de phase avant/après ce changement et seulement dans ce cadre limité, avec la même prudence aristotélo-vichienne et les mêmes limitations que pour le mode méthodologique.
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